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VIE SOCIALE, SYNDICALISME ET RELATIONS
SALARIES-
PATRONAT A LA SUCRERIE DE FRANCIERES

APRES 1945

 

Après 1945, on attribue dans la mémoire à la seule famille dirigeante, les apports concernant les conditions de travail, les retraites, les colonies de vacances etc.
Mais en fait, toute une série de lois a été votée dans cette période, avantages que la direction (parfois en renaclant ), et le Conseil d'administration étaient obligés d'accepter.
Le syndicalisme ouvrier avec en plus de sa cellule, les Délégués du personnel et les Comités d'entreprise étaient apparus dans l'usine.
Patronat et syndicat s'en attribuent l'initiative. Pour les avantages non fixés par la loi, disons qu'ils relevaient d'un commun accord…

Rappelons des anecdotes oubliées, retrouvées dans les souvenirs intimes de Mme Benoît.
-lors de la démilitarisation des FFI, la gendarmerie a laissé à M. Benoît une mitraillette « pour le cas où…)
-M. Benoit dit à son épouse « ce que je n'admets pas, c'est que mes ouvriers ne me saluent plus ».
-Mme Benoît décide de supprimer un certain nombre de distributions gratuites, ou alors avec tickets « après tout ce qu'on a fait pour eux ».

En même temps, dans les comptes rendus des CA., M. Benoit dit en décembre 1944 que le personnel continue à l’aider de tout son courage et de tout son dévouement, et l’AG. d’avril 1946 renouvelle ses louanges à l'esprit du personnel.

-Parallèlement, le curé du village et de la sucrerie, l’abbé Le Pévédic, dans les années 50, refuse la première communion à la fille d'André Bocquet , membre du Comité d’Entreprise ainsi qu'a la fille d'un autre. Le prétexte étant qu'il refusait l'entrée à l’église à la fille d'un communiste. Bocquet ayant beau affirmer qu'il était socialiste et non communiste, il a fallu que ce soit Mme Benoît qui se fâche et les deux fillettes ont pu participer à la cérémonie… Mais en entrant les dernières dans l'église en queue de peloton !

Il a refusé également à une de ces célébrations le fils de Robert Boesch (qui nous livrera ses souvenirs ensuite), cette fois prétextant que cet enfant était au lycée professionnel de Creil et n'avait pas suivi les cours de catéchisme à Francières. Ce fut le curé Ronvel, successeur de Le Pevedic, qui le « rattrapa ».

En février 1945, M. Benoît, un peu contraint et forcé, accepte la création d'un syndicat (qui sera au début la CGT d'origine, effectivement d'obédience très communiste), le responsable étant Raymond Bouliong, chef de cour puis Robert Boesch, électricien.

Est également créé un Comité d'entreprise formé de représentants élus parmi les membres du syndicat et les Délégués du Personnel ;
Un syndicat de cadres est également créé (CGC.) Mais seul Jean Beaufils, contremaître, (remplacé ensuite par René Allayeys, contre-maître des ateliers agricoles) y adhère.
Sans que l’on sache pourquoi chimiste, ingénieur de fabrication etc. n’y participent pas et nous n'en avons aucune trace. (Jacques Beaufils nous a dit que même ce syndicat CGC était mal vu par Mr Benoit, d’où la crainte d’y adhérer. En particulier le chimiste dont c’était le premier poste et qui n’a pas osé paraître faire obstacle à la direction).
Une fois également la direction a essayé de lancer un syndicat dissident, tentative qui a échoué et dont aucun ancien ne se rappelle. Ce serait vers 1967 ( ?) que cette liste a été constituée pour les élections au Comité d’Entreprise.
Sans valeur légale, elle n’a pas été maintenue.

Dans les pages suivantes seront résumés :

-la naissance et l'histoire des principaux syndicats.

-les principales lois et décrets concernant le monde du travail, promulgués depuis la création de la S. D. F.

-puis les souvenirs d'un survivant de cette époque, monsieur Boesch, qui résumera sa carrière professionnelle et militante syndicale.

On y retrouvera les trois grandes périodes de l'après-guerre, celle de M. Benoît qui composa avec réticence, (mais, dit Jacques Beaufils, cela fonctionnait bien), la période de Jean Valette, « âge d’or de l'entente cordiale », enfin celle de Mme Benoît, âgée et fatiguée, reprenant le flambeau en 1951 mais vivant toujours sa désillusion sincère de 1945 et de son monde écroulé.
Après sa période de gloire en 14-18, elle dut assister aux « avanies » endurées par son mari, puis à la période de collaboration de Jean Valette.

En 1951 donc, toute sa descendance masculine avait tragiquement disparue ainsi que les plus capables au Conseil d’Administration.


Pour illustrer l'enthousiasme et l'esprit des syndicalistes à cette période, nous avons le témoignage d'un fidèle adhérent, Germain Pauluzzi, de la sucrerie de Roye.

Une évolution semblable s'est produite dans toutes les sucreries à ce moment.

Pauluzzi, comme beaucoup, a commencé à travailler à 14 ans à l'arrachage des betteraves, puis à 16 ans avec un CAP d'ajusteur mécanicien, à la râperie d’Arvillers puis à la sucrerie Lebaudy de Roye ou il devint plus tard responsable électricien.

Parallèlement, il s'engagea dès les débuts au syndicat CFTC, et assurant des responsabilités locales, régionales puis nationales et enfin internationales à la Commission de Bruxelles, honoré de la Légion d'honneur.

Il nous a écrit récemment :
« Engagé très tôt dans le mouvement ouvrier pour sortir d'une condition ouvrière imprimée par un ordre pratiquement établi… Un mouvement social pour conquérir l'émancipation ».

Il évoque ensuite le fait que c’est l'apport d'ouvriers immigrés qui a formé un mouvement social pour conquérir cette émancipation. Hypothèse qui ne semble guère concerner Francières.

Enfin il rappelle :
« C’est en 1955 que nous avons arraché la Convention collective de l'industrie du sucre, une avancée sociale considérable, les droits des salariés inscrits dans un contrat collectif. Accord entre les employeurs et les syndicats FO.et CFTC. La CGT, majoritaire dans la profession, a refusé cet accord pour raisons idéologiques estimant que c'était de la compromission inadmissible dans la période de la lutte des classes ».
Et il termine :

« Aujourd'hui, une Fabrique, c'est une richesse intellectuelle produite par les salariés à tous les niveaux. Ne jamais oublier d’où on vient ».

PRINCIPAUX SYNDICATS

CONFEDERATION FRANCAISE DE L’ENCADREMENT DE LA CONFEDERATION GENERALE DES CADRES ( CGC)
Fondée en 1944

CONFERATION GENERALE DU TRAVAIL ( CGT)
Considérée comme courroie de transmission du Parti Communiste
Fondée en 1895
En 1920, exclut le CSR, révolutionnaire devenant CGT-U
En 1936, réunification
Dissoute en 1940, reconstituée à la Libération
En décembre 1947, sa fraction « Amis de Force Ouvrière », démissionne et crée CGT-FO

FORCE OUVRIERE ( FO)
Donc née en 1947, devenant ensuite FO, scission due aux grèves insurrectionnelles décidées par la fraction communiste de la CGT
Léon Jouhaux, ancien président de la CGT et démissionnaire, devient président de FO

CONFEDERATION FRANCAISE DES TRAVAILLEURS CHRETIENS ( CFTC)
Fondée en 1919 .Dissoute provisoirement durant la guerre

CONFEDERATION FRANCAISE DEMOCRATIQUE DU TRAVAIL ( CFDT)
Issue de la CFTC en 1964, en abandonnant la référence chrétienne

PRINCIPALES MESURES SOCIALES DEPUIS 1884
( Parfois remises en cause ultérieurement)

1884 : liberté de création des syndicats
1891 : horaires de travail pour les femmes et les enfants : 11 heures. Pour les hommes : 12 heures
1896 : loi sur les accidents de travail

1900 : durée du travail quotidien ramenée à 10 heures
1906 : fixation du repos hebdomadaire et emploi garanti pour les femmes en couches
1936 : congés payés de deux semaines et semaines de 40 heures
1945 : création des Comités d'établissement et critère de représentativité des organisations syndicales
1946 : droits de grève ; rétablissement de la semaine des 40 heures
création des Délégués du personnel, médecine du travail, loi sur les accidents de travail

1950 : loi sur les Conventions collectives et création du SMIG
1956 : congés payés de trois semaines
Fonds National de Sécurité ( aide à la vieillesse)
1958 : préavis de licenciement de un mois
assurances-chômages ( UNEDIC et ASSEDIC)
1961 : généralisation des retraites des non cadres ( ARRCO)

1967 : création de l’ANPE
1968 : congés payés de quatre semaines
liberté de constitution de sections syndicales dans les entreprises


SOUVENIRS DE ROBERT BOESCH

"Je suis entré au service électrique de le S.A. Sucrerie-Distillerie de Francières le premier septembre 1937. ( Robert Boesch habitait Estrées-St-Denis puis de 1946 à 1969, à Francières. Malgré la déclaration par Mr Benoit qu’il travaillait dans les fermes, il est en 1943 contraint de partir en Allemagne au titre du STO. Il rentre en France en juin 1945).

Je ne peux reprendre mon travail à la S.D.F. que le 20 04 1946 après avoir été soigné énergiquement pour une pleurésie.

Ayant appris l’existence d’un syndicat C.G.T., j’y adhère au mois d’août 1945. Dans le courant de l’année 1946, le personnel m’élit au bureau de la section syndicale. Le bureau syndical CGT était dirigé par Raymond Bouliong, André Bocquet (trésorier) et Jean Covet. L’action syndicale n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui.
Ceux qui en assumaient la responsabilité prenaient des risques considérables et ils le savaient. Leur dévouement, les sacrifices qu’ils consentaient avaient une dimension qu’on imagine mal actuellement. Les responsables syndicaux C.G.T. (Raymond Bouliong) ont eut de grandes difficultés, ils n’ont pu obtenir la mise en place des délégués du personnel et l’application de l’ordonnance du février 1945 instituant les comités d’entreprise.

Monsieur Benoit estimait que seule la Direction était habilitée à régler les problèmes de la Société et du personnel.
C’est au décès de Monsieur Benoit, en 1947, que le climat change avec l’arrivée de Monsieur Valette, directeur général. L’état d’esprit est plus ouvert. Et c’est à cette époque qu’apparaissent les symptômes des luttes, des divergences insurmontables à l’intérieur de la Confédération CGT.

Monsieur Diderich, secrétaire national de la CGT est venu à Francières pour faire valoir les positions majoritaires. De nombreuses questions lui furent posées. Raymond Bouliong dit que l’examen de ce problème du maintien avec les majoritaires se fera ultérieurement en assemblée générale de la section syndicale de Francières.

Pour ma part, je lui ai fait réponse que je défendrai une position nette contre la subordination de la CGT aux partis politiques.

Nous apprenons le 19 12 1947, la démission de Léon Jouhaux, premier secrétaire général de la confédération CGT.( qui deviendra ensuite Président de la CGT-FO). Raymond Bouliong convoque les adhérents en assemblée générale le 22 12 1947.

Je déclare que je ne peux concevoir le syndicalisme sans le respect de la Liberté et de la Dignité de la personne humaine. C’est à l’unanimité que la dissolution de la section syndicale CGT a été votée."

"Début janvier 1948, Raymond Bouliong, André Bocquet et moi-même nous nous rendons à Paris pour y renconter André Charlot et Raymond Lerai. André Charlot deviendra le secrétaire général de la fédération CGT-F.O. – Alimentation (commerces et industries).
Les statuts du syndicat CGT Force Ouvrière de la Sucrerie-Distillerie de Francières seront déposés début février 1948. 76% du personnel apporte son adhésion.

Le bureau est ainsi constitué : Robert Boesch, Raymond Bouliong, André Bocquet, Jean Covet, Claude Piat. Le premier congrès confédéral de la CGT-F.O. s’est tenu les 12 et 13 avril 1948.
(En 2002, lors d’une journée « Portes Ouvertes », deux membres de FO. nous ont dit : « C’est ici qu’est née Force Ouvriére ».En fait sur les neuf sucreries que va citer Mr Boesch, les trois premières ont été Francières, Abbeville et Buçy).

A la fin de ce mois, André Charlot convoque les syndicats de l’industrie sucrière en conférence nationale pour établir les revendications à présenter au S.N.F.S.
Y ont participé les sucreries de Coulommiers (77) Bray sur Seine (77) Bucy le Long (02) Abbeville (80) Nassandres (27) Etrépagny (27) Fisme (51) Thumeries (59) Francières (60).

Elu membre du bureau fédéral, je reçois délégation pour représenter la fédération dans les commissions paritaires pour l’industrie sucrière au siège du SNFS. Mandat que je conserverai jusqu’en 1982.
(La première Convention Collective de l’Industrie Sucrière a été signée en 1950 et Robert Boesch a été un des co-signataires).

J’informe Monsieur Valette des responsabilités qui me sont confiées et qui nécessiteront des demandes d’absences. Monsieur Valette me félicite et exprime le souhait qu’un climat de confiance s’instaure pour le développement de la compréhension, avec pour seul objectif l’amélioration des conditions de travail et de la situation sociale, l’avenir technologique de la SDF ne pouvant se réaliser que dans la concertation et la négociation.

C’est ainsi qu’il nous fait part de ses perspectives dans la nécessité d’une extension de la sucrerie pour la maintenir à un bon niveau technique sur le plan régional. Projet ambitieux. C’est donc ainsi que certains ouvriers iront chez des fournisseurs « Maguin », « Fives-Lille », « Applevage » et à la sucrerie de Bucy le Long (02). Moi-même, je me suis rendu à la « Télémécanique » et à « Repele CEM » pour améliorer les connaissances professionnelles des nouvelles technicités."

Des élections pour les Délégués du Personnel et les membres du Comité d’Entreprise sont organisées.

Composition du comité d’entreprise :
Boesch, Bouliong, Bocquet, Covet, Bailly, pour la CGT-F.O. et Beaufils Jean pour la CGC. Celui-ci sera remplacé par Monsieur Allayeys René à son décès. Les négociations pour l’application de la convention collective et de la législation sociale peuvent alors commencer.

(Lors de la première élection des Délégués du Personnel , en avril 1945, Monsieur Benoit leur avait dit : 
«  Je n’avais pas besoin d’un trait d’union entre mes ouvriers et moi ».

Premiers résultats : classification des postes de travail pour la campagne et inter campagne, grille des salaires.
Démarches auprès de l’AGRR (Association Générale Retraites par Répartition). Accord conclu avec la direction. Cela a permis à des ouvriers âgés de 65 ans et plus de partir en retraite, et de percevoir la part complémentaire à la Caisse Nationale Assurance Vieillesse, sans avoir cotisé à l’AGRR.
Ils ne pouvaient croire que cela était possible.

( Francières à cette époque a été la première et la seule sucrerie à bénéficier de la retraite complémentaire).

Au sein des comités d’entreprise sont instituées les œuvres sociales.
A/ Pour Noël, il est versé sur une livret de Caisse d’Epargne, une petite somme à chaque enfant de moins de quatorze ans. Il est décidé d’en faire l’extension au personnel des fermes. Monsieur Thierry est chargé de collecter les livrets dans les fermes.
B/ Création d’une colonie de vacances. La première est installée à Rosporden, la deuxième à Quiberon et ensuite à Chapois dans le Jura.

( Jean-Pierre Besse a écrit que l’on pouvait re-voyager à partir de 1947 ;
Selon lui, il y eut d’abord un voyage au Tréport puis à Fort-Mahon en 1947et 1948.
Dans la brochure, il décrit le transport avec un car et un GMC servant ensuite aux excursions.
L'encadrement était assuré par l’instituteur de la commune et l’institutrice de la sucrerie avec leur éventuel conjoint.- il y a eu d’ailleurs un mariage ensuite !- plus trois monitrices, le cuisinier et sa femme. Le séjour durait un mois.
Robert Boesch rappelle qu’ il y a eu Rosporden en 1949 avec les sœurs d’Estrées-saint-Denis, Quiberon en 1950 et en 1951. De 1952 à 1969, ce fut Chapois, dans le cadre du Comité d’Entreprise.

Raymond Bouliong s’occupait de la préparation et du nettoyage du matériel de cuisine, des dortoirs et de l’installation des tentes pour les garçons).

C’est en 1950 que la colonie est devenue officielle au sein des œuvres sociales du Comité d’entreprise, affiliée à l’UFOVAL ( Union Fédérale des Œuvres e Vacances Laïques).
Etaient fixés le fonctionnement administratif, le recrutement du personnel et des moniteurs.

Avec une subvention de la Mairie, tous les enfants de la commune étaient admis au même titre que ceux du personnel de la sucrerie et de ses fermes.
Après le décès de Monsieur Valette en 1951, il est décidé de modifier les statuts et d’inscrire le titre suivant : « Œuvres sociales du comité d’entreprise de la S.A. Sucrerie-Distillerie de Francières-Oise. Colonie de vacances Jean Valette ». J’ai reçu délégation pour en assurer le fonctionnement administratif.

C/ Des démarches sont entreprises auprès de la CCMO à Beauvais pour obtenir une section mutualiste dans le cadre des Œuvres Sociales du Comité d’entreprise. C’est ainsi que le remboursement du tiers payant est mis en place.

( Il y eut un jour une seule grève, qui n’a duré qu’une demi-heure – contrairement aux autres sucreries où elle a été totale-.

Pour J.P.Besse, c’était pour obtenir la retraite à 60 ans .

Pour Robert Boesch, c’était un mot d’ordre général de FO. pour relever le salaire horaire des postes de fabrication et les unifier dans toutes les sucreries).


1951 – 1969 : période difficile.

L’avenir de la sucrerie se trouve remis en cause. Alors que Monsieur Valette avait admis que le syndicat avait un rôle utile à jouer dans l’entreprise, Madame Benoit revient au paternalisme ; elle institue un système où les tâches ne sont plus définies que par elle.
Monsieur Valette avait fait l’installation de casiers dans l’atelier d’électricité pour y stocker les pièces de rechanges (balais pour alternateurs, bobines pour les différents contacteurs, etc.) ; Madame Benoit a fait rentrer ces pièces au magasin. En cas de besoin, il fallait demander au magasinier – qui par manque de connaissance dans ce domaine nous faisait entrer.
La nuit, c’était la personne désignée qui nous amenait dans le magasin. Si nous sortions plusieurs modèles, il fallait les remette le lendemain matin en justifiant l’utilisation. Que de temps perdu dans le dépannage !

( Toujours selon JP.Besse, avec ses deux filles, un véritable matriarcat, elle contrôlait tout, voulait être informée de tout.
Les tâches et responsabilités des cadres intermédiaires n’étaient plus définies, la directrice tranchant et réglant tous les problèmes quotidiens.
Un système d’audiences a été installé, audiences demandées hiérarchiquement par le comptable ou bien par convocation directe, se faisant souvent par un appel par haut-parleur).

 

Les réunions du comité d’entreprise étaient fixées à 11 H 30 et ne pouvaient excéder quarante minutes. Pour faire appliquer certains textes conventionnels, l’intervention de Monsieur Brebec, inspecteur du travail, était nécessaire.
Toutefois, pendant cette période, nous avons obtenu la construction de douches (pour les salariés faisant des travaux insalubres et sales), un réfectoire avec un chauffe gamelles, des lavabos, l’extension du garage vélo pour les mobylettes – vélo solex.

C’est à partir de 1967 que des bruits coururent dans les environs sur l’avenir de la sucrerie, mais selon la direction, ce n’étaient que des rumeurs malsaines. Toutes nos remarques et questions étaient rejetées sans explication.

C’est en mai 1968, que Madame Valette réunit tout le personnel pour faire comprendre que c’était bientôt la fin. Mais sans déclarer que la campagne 1968/1969 serait la dernière.

Les premières lettres de licenciement arrivèrent à la fin du mois de mai 69.

Pour Robert Boesch, ce fut le 31 décembre 1969 avec un préavis de trois mois.

"En réponse à votre question sur les autres tentatives syndicales à Francières :
Il n’y a jamais eu d’autre tentative syndicale à Francières, simplement le dépôt d’une liste « autonome » élaborée par la direction lors de l’élection des membres du comité d’entreprise. Cette liste n’ayant pas de structure légale, elle n’a pas pu participer à l’élection et a été retirée.

Concernant ma carrière :
-       Syndiqué à la section CGT sucrerie de Francières d’août 1945 à décembre 1947.
-       Syndiqué à la CGT F.O. de janvier 1948 à 1968 ensuite de 1969 à 1982 à Souppes sur Loing, puis Fédération F.O. Retraités dès 1983.
-       Membre du bureau fédéral de l’alimentation CGT F.O. mai 19458 – reçoit une délégation pour participer aux commissions paritaires siégeant au S.N.F.S. jusqu’en 1982.
-       Membre de la commission administrative de l’Union départementale CGT F.O. à Creil.
-       Administrateur élu (CGT F.O.) à la Caisse d’allocations familiales de l’Oise à Beauvais de 1955 à 1969.
-       Membre du comité de gestion de l’URSSAF Beauvais, de 1963 à 1969 par délégation du C.A. de la Caisse d’allocations familiales.
-       A participé de 1980 à 1983 à la Commission Européenne pour la politique communautaire dans le domaine du sucre.
( R.B. a donc siégé à Bruxelles comme Germain Pauluzzi qu’il y a rencontré ainsi qu’au SNFS).
(Il a donc été à Francières secrétaire de la section locale FO, secrétaire du Comité d’entreprise, secrétaire des Œuvres Sociale, colonies de vacances et mutuelle).

Après mon licenciement le 31 12 1969, j’ai été embauché comme adjoint technicien chef du service électrique de la S.A. Sucrerie-Distillerie de Souppes sur Loing (77). Prise de fonction le premier avril 1970. Puis responsable du service électrique en janvier 1971 au départ en retraite du titulaire.

Dès mon arrivée, j’ai adhéré au syndicat CGT-F.O. (minoritaire) et j’ai continué à participer aux réunions des commissions paritaires avec le S.N.F.S.

Administrateur de l’AGRR, bureau de Melun, membre de la commission d’action sociale de 1973 à 1982.

En 1972, le syndicat CGT-F.O. devient majoritaire. Je deviens alors délégué syndical F.O. Cela me permet de participer aux réunions du comité d’entreprise.

Je quitte la sucrerie de Souppes sur Loing pour cause de départ en retraite le 31 12 1982. J’ai conservé de bons rapports avec le président directeur général et suis invité tous les ans pour la remise des médailles du travail.

Une médaille de bronze m’a été remise par le S.N.F.S. «  pour quarante-trois campagnes sucrières à Francières et à Souppes-sur-Loing ».

Je n’ai pas conservé de documents, les archives du syndicat ont été remises comme prévu statutairement à l’Union Départementale des Syndicats CGT-F.O. de l’Oise.
Bureaux situés à Creil."


Copie d’une dédicace sur la première page d’un livre « Présence de penseurs du mouvement ouvrier », offert par André Bergeron.

« A Robert Boesch en le remerciant pour toute l’action qu’il a mené depuis la création de Force Ouvrière pour que notre syndicalisme libre se développe, notamment dans les professions sucrières. Je sais que je peux encore compter sur ton appui pendant ta préretraite.
Bien amicalement, André Bergeron. »

En conclusion, il nous a écrit le 17 février 2009 :

« Le temps passé dans les camps de l’Allemagne nazie m’a appris la fraternité, la solidarité.
C’est certainement cela qui a motivé mon militantisme pour la justice sociale, le respect de la Dignité humaine et aussi la Liberté ».


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