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Historique de la Sucrerie
La création de la sucrerie de Francières : Créateurs, débuts difficiles.


Plan accompagnant la demande de construction en 1829 - Archives Départementales de l'Oise

Création

Francières fit partie des premières sucreries apparues dans l’Oise, sa création fut comme souvent l'oeuvre d'un riche exploitant agricole local. Son évolution architecturale est intéressante à étudier car elle est liée à celle de son activité.
Le site comprend plusieurs dépendances comme les distilleries, les fours à chaux, les ateliers mais surtout la maison patronale, édifice classé original avec détails "Arts Déco".
Une école et une chapelle y ont longtemps fonctionné. Les bâtiments annexes : sécherie, bascules, puits, piste cyclable, abris antiaériens - implantés à distance du site - ne sont pas moins dignes d'intérêt ainsi que les fermes et les terres dont elle a tiré ses produits.
L'entreprise a connu différents statuts et les évolutions techniques, financières et commerciales, législatives, humaines n'ont pas manqué. Les dirigeants, dont un de renommée nationale, furent des personnalités marquantes dont nous avons dressé les portraits. Mais que serait ce vaste navire sans les hommes et les femmes qui en ont constitué le personnel. Retrouvez les à travers les faits marquants qui ont émaillé l'histoire de cette entreprise.
Son originalité est d'avoir été une cité dans la cité à l'intense vie sociale, dont la force du souvenir s'impose encore aujourd'hui.

Les causes de son déclin aujourd'hui bien analysées n'ont alors pas trouvé de solution et sa fermeture fut inéluctable, marquant la fin d'une riche aventure industrielle et humaine.


Le corps de l’usine primitive de 1829 fondée par César-Auguste Thirial, Édouard Bertin et quatre autres associés, est constitué par :
-une cour d’entrée dite cour d’honneur avec les deux pavillons de conciergerie le long de la route .
-au fond de cette cour à l’est, parallèle à la route, la halle primitive dite halle Thirial.
Elle mesurait environ 50 mètres de longueur sur neuf de large et d’une hauteur de prés de 13 mètres. Bâtie en brique avec arcades en plein cintre et couverte d’ardoise, sur deux niveaux avec combles, elle correspond à l’actuelle partie survivante.
Elle comprend l’atelier de fabrication proprement dite d’environ 30 mètres de long et occupant deux niveaux (à cette époque les différents stades de fabrication se faisaient en descendant par gravitation, en escalier).
Au nord de cette halle, logement et bureaux et à son sud, un lieu de stockage.

L’usine ferme en 1832 et est rachetée en 1833 par Louis François Xavier Crespel-Delisse.
Dans l’acte d’achat du notaire Me Potier, elle est sommairement décrite ainsi :
« un principal corps de fabrique à deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, grande cour entourée de murs sur le devant et sur les côtés, deux loges de concierge, deux bâtiments d’angle contenant forge, écurie et remises, toutes les dites constructions en brique avec ouverture en ardoise,
terrain enclos de treillage tant sur les côtés que sur le derrière de tout ce qui précède et dans lequel se trouvent deux magasins à betteraves, puits et puisard, le présentant une superficie de 1 ha, 28 ares, 72 centiares ». (régulièrement agrandie par la suite).

Entre 1833 et 1859 sous Crespel, ont été construits des agrandissements vers l’est, accolés à la halle Thirial avec en leur centre la cheminée d’origine. (Ces nouveaux bâtiments accueillaient de nouveaux générateurs, la fabrique de noir animal et la première distillerie).
Dans cette période ont aussi été créées de chaque côté de la cour deux ailes est-ouest aboutissant à la route ( ateliers au sud, bâtiments agricoles et un bureau au nord).
La halle Thirial a été prolongée au nord dans le même style ( à usage de logements) et elle mesure désormais 73 mètres de longueur. C’est cette partie prolongée qui s’est effondrée
en 2007.

L’entrée des betteraves ne se fait plus par la cour centrale mais par un porche sur la route accolé à l’aile sud avec bascule.
Une usine à gaz s’élève au sud du corps principal et les logements ouvriers en brique avec arcades sont édifiées le long de la route sur 33 mètres jusqu’au nord du site.
Le bâtiment dit de l’Orangerie contre la clôture est existe à cette période ainsi que deux bâtiments de menuiserie.

 

Plan1
Plan-projet daté du 27 décembre 1851.
En bas, corps de logis de l'usine (30 x 8m) et au-dessus, de
gauche à droite : bouilleurs et fourneaux qui serviront ensuite à la distillation, première salle des
générateurs, cheminée qui disparaîtra en 1855 (fusion des locaux latéraux), place des générateurs
et place des bouilleurs et fourneaux projetées en 1851 et réalisées vers 1853. ADO.


Plan2
Plan annexé à la demande de construction d'une première distillerie en 1855. ADO

En 1859 Crespel fait faillite et par adjudication elle est vendue à Denis-Marin Bachoux avec entre-autres associés Frédéric Grieninger .
Juste après, vers 1860-1861, la cheminée est transférée contre la halle d’origine dans la cour centrale.

Elle mesure actuellement 35 mètres de hauteur, apparemment un peu « raccourcie », et le four à chaux vertical cylindrique en brique est bâti en arrière de l’usine à l’est à la place d’un feu ouvert qui était situé au nord.


plan 1859
Plan de 1859
Légende : A - fabrique de sucre, B - distillerie, empotement, cuverie, C - four au noir & magasin avec citernes,
D - habitations & dépendances, E - charonnerie & tonnelerie, F - hangars & four à chaux, G - logements du concierge & contre-maître.


Dès 1880, les bâtiments centraux sont agrandis « en carré » à l’arrière de la grande halle pour accueillir entre autres de nouveaux générateurs et la première diffusion.
Au sud de la fabrique, parallèlement à la route, une deuxième distillerie est bâtie et plus loin, deux halles de stockage et séchage.
Puis une usine à soufre ( entrant dans la fabrication du sucre) et une usine à potasse (récupération des résidus de mélasse de la distillerie).
Ces trois bâtiments du sud-sud-est (usine à gaz avec une deuxième cheminée, usine à potasse avec une troisième cheminée et l’usine à soufre disparaîtront au début du XX°siècle.

Bachoux, après avoir créé en 1884 la SDF ( société anonyme de la Sucrerie et Distillerie de Francières), se retire en 1888. C’est à un directeur qu’est confiée la marche effective de l’usine par les actionnaires. De 1884 à 1906, ce sera Prudent Druelle.


En 1891, tout au sud, le raccordement ferré à la gare d’Estrées saint Denis, est réalisé. Le rail atteindra progressivement le nord de l’usine coté est et une bascule sera créée à l’entrée sud ainsi que plus tard en 1923, le hangar du locotracteur.


Plan3
Plan annexé à la demande de construction d'une deuxième distillerie en 1880. ADO

Plan4
De 01 à 08, bâtiments principaux comprenant la fabrique de sucre. 1/1, 1/2 et 1/3, bâtiment comprenant bureaux du directeur et des employés.
5, atelier de réparation. 5/2, forge et chaudronnerie. 6 et 27, pavillons à usage de logements d'employés.  8, bâtiment servant de logement aux ouvriers.
10, cheminée.  11 et 11/2, bâtiments à usage d'habitation du directeur et des employés. 12, plusieurs logements d'employés.
13 bâtiments à usage de poulaillers, toits à porcs, remise, étable.  14, bâtiments à usage d'étables, écurie, remise avec grenier. 15, hangar.
16, atelier du charron et magasin à bois. 16/2, bâtiment d'habitation du charron.  17, magasin à bois et travail à boeufs. 18, sous-sol au dessus magasin à grains.
19, bâtiments pour le logement des ouvriers. 20, logement appelé bâtiment des briquetiers. 21, réfrigérant. 22, four à chaux. 23, bâtiment et cloche à gaz.
24, bascule et logement.

Plan de 1883 - Archives départementales de l'Oise.

En 1906, Gaston Benoit devient le nouveau directeur. Son épouse lui succédera en 1947. Entre la distillerie 1880 ( désormais réservée au stockage et au logement des saisonniers) et la route, il aménage la « cour à betteraves » avec deux bâtiments-bascules à l’entrée. ( les betteraves sont déchargées dans des caniveaux dont un seul à ciel ouvert est visible actuellement puis, entraînées par projection d’eau, arrivent à la façade sud de l’usine où, après nettoyage, elles sont hissées jusqu’au sommet du bâtiment).
L’aile nord de la cour d’honneur est convertie progressivement en logement patronal et bureaux et l’aile sud en ateliers modernes et laboratoire.

En 1930, cette aile nord est « modernisée » en grignotant en façade sur la route sur les logements ouvriers. Côté cour et façade arrière, bow-window, terrasse, rotonde avec éclairage zénithal marquent cette période « art moderne ».
Simultanément, l’extrémité ouest sur la route de l’aile sud voit des bureaux occuper la place d’anciens ateliers et qui sont traités dans le même style.
L’ensemble est crépi sur la brique précédente.
Les deux conciergeries sont également crépies et les ouvertures à arcades, modifiées.
En 1933-1934, une troisième distillerie est créée le long de la limite nord du site et encore plus au nord des citernes en ciment sont édifiées ainsi qu’au nord-est des ateliers de menuiserie et de mécanique.

Les bâtiments agricoles au sud-est de l’usine sont de construction récente (1995).

Plan5
Plan récent et sans légende retrouvé dans les archives de la S.A.F.

En 1907, la dernière travée au nord des logements le long de la route a été transformée en école pour les enfants du hameau et, à la fin de la guerre 14-18, une chapelle a été installée à la place d’un bureau dans la partie nord de la halle primitive.
Dans la deuxième moitié du XIX°siècle, a été créé le magnifique jardin patronal à l’est de l’usine avec plantations, kiosque, bassins et circulation d’eau.

Sur l’autre côté de l’ex N17, n’existait en 1829 qu’un cabaret au nord, transformé plus tard (1891) en habitation. Progressivement se sont édifiées huit maisons ouvrières, dont quatre jumelées en 1923, une simple datant de 1924, puis, au Nord du cabaret , deux de 1914. Plus au Nord encore, deux de 1957.
Avec les maisons de la rive Est ( la travée de 1850-59 et les deux maisons aux extrémités, sans parler des logements patronaux), s’est ainsi constitué progressivement le « hameau de la sucrerie » abritant, à la fermeture, une population d’environ 150 personnes. Ce hameau se repeuple progressivement avec la réhabilitation des maisons.
En dehors du hameau lui-même, la sucrerie a acquis des habitations dans les villages des alentours pour le logement du personnel.

Le puits d’origine auprès de la cheminée étant devenu rapidement insuffisant, elle a créé des captages entre l’usine et Fresnel, à Gournay sur Aronde et à Estrées Saint-Denis.
Au fur et à mesure des besoins, elle a installé des bascules au loin, près des cultivateurs, dans les champs ou dans les gares.
Elle a acquis à Moyvillers en 1926 une ancienne usine de battage et l’a transformée en usine de fabrication de fourrages mélassés. (elle sert actuellement de stockage pour l’activité agricole).
En 1938, avec l’accord du personnel, elle a aménagé tout à l’ouest dans les champs, un abri antiaérien ultramoderne.
Mais surtout elle a acquis à bail ou en propriété, en plus des deux fermes d’origine de Fresnel et de Francières, des fermes et des terres pour produire elle-même ses propres betteraves. Ce processus s’est accéléré à partir de 1880. À la fermeture, la SDF était à la tête de cinq fermes des environs et de 1200 ha de terres.
Si l’élevage de bœufs et de chevaux était jadis nécessaire, ses propriétaires successifs ont toujours mis un point d’honneur à conserver une polyculture et de l’élevage en plus de la production de betteraves et de fourrage, en remportant de nombreux prix dans les comices agricoles.
Certaines années, ce furent les bénéfices agricoles qui contre-balançèrent les déficits industriels de la S. D.F.


Et c’est ainsi qu’à la fermeture, avec les mêmes actionnaires, la SDF a changé son nom en SAF ( société agricole de Francières)
et cette exploitation agricole, qui occupe une partie du site, est toujours propriétaire de l’usine.

Que devenait le sucre fabriqué à Francières ?

Extraits d'un dialogue entre Dina Garzoni, ancienne institutrice à l'école de la sucrerie, et Michel Varoqueaux, historien de l'Association :

Question de Dina GARZONI :

"On m'a posé une colle,

"Sous quelle marque était commercialisé le sucre fabriqué à Francières ? Est-ce qu'il reste des emballages de ce sucre avec la mention du lieu de sa fabrication, Francières ?

Réponse de Michel VAROQUEAUX :

La SDF n'a jamais fait de sucre en morceaux ni emballé (à part les gros sacs d'emballage du sucre cristallisé).

Les quelques papiers de morceaux de sucre que nous avons, sont une invention et un cadeau des Glycophiles.
Il est difficile de vous répondre. Nous n'avons pas les dossiers commerciaux de la SDF.

Donc, elle ne faisait que vendre du sucre cristallisé en sacs. Ils partaient par chemin de fer, par camions pour Paris, par péniches de Compiègne, surtout pour l'exportation vers la Belgique et la Hollande.

Pour la France, il semble que, de 1896 à 1904, ce sucre était acheté par le grossiste ou raffineur Faure. Ensuite Lebaudy.

De 1946 à 1955, c'est à la raffinerie François, rue Ricquet à Paris (bassin de la Villette) que le sucre partait.

 



Acheteurs et vendeurs étaient liés par un système de " Tickets de 100 tonnes" jusque 1950.

François ne raffinait pas et de plus le sucre de Francières n'avait pas besoin d'être raffiné, car très blanc.

François en faisait des sucres spéciaux, semoule, glace, morceaux et livrait le reste en sacs pour les épiciers, de gros transports maritimes pour exportation.

Après 1955, la fin des "tickets" et la vente de François à la SIAS ( Sté industrielle et agricole de la Somme) puis Sucre Union, il semble que ce soit là qu'allait notre sucre cristallisé.

Maintenant, ce que ces grossistes, commerciaux ou raffineurs, en faisaient, on ne peut en connaitre le détail : sucre cristallisé pour les épiciers, transformation sur place en sucres spéciaux, comme dit précédemment, vente aux confiseurs, industries chimiques etc, c'est tout le circuit du sucre! Le sucre enveloppé ne date que de 1950, plus tard ce sucre a été mis en sacs de 50 Kgs pour l'exportation.

Donc pour répondre aux questions, SDF ne livrait que du sucre cristallisé, vendu tel quel à des grossistes et une partie directement en exportation à l'étranger. La suite, c'est l'utilisation du sucre dans tous les domaines.





Faits d'archives

              ACTE DE VENTE EN DATE DU 22 Avril 1833 :

Par devant Maître Pottier et son collègue, notaires à Compiègne, département de l’Oise soussignés, a comparu Maître Joseph Marie Cassan, notaire demeurant à Estrées-Saint-Denis, chef lieu de canton de l’arrondissement de Compiègne, agissant au nom et comme mandataire spécial aux fins des présentes, suivant acte sous seings privés et enregistrés à Compiègne le vingt huit du même mois, folio 25 recto, case 5, par Maître Aubrelicque qui a reçu deux francs vingt centimes, et qui certifie véritable et signé par le dit sieur mandataire en présence des notaires soussignés, est demeuré ci annexé après que dessus il a été fait du tout mention.

De 1° Monsieur Edouard BERTIN, propriétaire et maître de poste demeurant à Roye, 2° Monsieur Louis Fortuné Vicomte de Riencourt, propriétaire demeurant à Andechy, canton de Montdidier, 3° Monsieur Barthélémy Léonard comte de Tallobre, propriétaire demeurant à Compiègne, 4° Monsieur Edouard Jacques Cadeau d’Acy, propriétaire demeurant à Villers-aux-Erables, arrondissement de Mondidier, 5° et Madame Jeanne Pélagie Bertin, veuve de Monsieur Marie François de Sales Decrouy, décédé Juge au tribunal civil de Compiègne, elle propriétaire y demeurant, tous ex-membres de la société industrielle constituée originairement sous la raison THIRIAL, BERTIN et Cie, modifiée ensuite et ayant alors la raison sociale CADEAU et Cie et enfin aujourd’hui dissoute ainsi que le tout sera plus amplement énoncé cy après. Lequel sieur comparant ès dits noms, a, par les présentes, vendu avec garantie de tous troubles, dons, dettes, douaires, hypothèques, évictions et autres empêchements quelconques :

A Monsieur Louis François Xavier CRESPEL-DELISSE, propriétaire fabricant de sucre indigène, demeurant à Arras, chef-lieu du Pas de Calais, étant ce jour à Compiègne, à ce présent et acceptant, acquéreur pour lui et ses ayants cause:

"une usine de fabrication de sucre de betteraves, sise au terroir de Francières, canton d’Estrées-Saint-Denis, près la grande route de Flandres, lieu-dit « le long champ d’Hémévillers », constituant en un principal corps de fabrique, à deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, grande cour entourée de murs sur le devant et sur les côtés, deux loges de concierge, deux bâtiments d’angle contenant forge, écurie et remises, toutes les dites constructions en briques avec couverture en ardoises, terrain enclos de treillages tant sur les côtés que sur le derrière de tout ce qui précède et dans lequel se trouvent deux magasins à betteraves, puits et puisard, le tout présentant une superficie de un hectare, vingt huit ares, soixante douze centiares, ou quatre mines de terrain, tenant sur le devant ou vers le couchant, à la Grande Route de Flandres, d’un côté vers le sud-est à la terre de Fresnel et d’autres côtés nord et nord-est faisant angle à Monsieur Decalfeux.

Ensemble, tous les ustensiles, machines et autres objets y attachés et formant son ameublement sans aucune exception ni réserve. Et au surplus ainsi que la dite usine, ses dépendances et objets d’ameublement se poursuivant et se comportant, Monsieur Crespel déclarant bien connaître le tout pour en être dès maintenant en possession et n’ayant désiré une plus ample description."

PROPRIETE

Cette usine a été construite et établie par la société constituée en nom collectif entre les dites sieurs Bertin, Vicomte de Riencourt, de Tallobre, Dame Decrouy et les sieurs Hector Ledru, alors fabricant de sucre indigène demeurant à Roye et César Auguste Thirial, cultivateur demeurant à Francières, sous la raison sociale Thirial, Bertin et Cie suivant acte sous seing privé en date à Estrées-Saint-Denis du premier avril mil huit cent vingt neuf, portant mention de sa confection en sextuple exemplaires, et enregistré à Compiègne le neuf du même mois d’avril, folio 22, recto, case 4, par Maître Aubrelicque qui a reçu cinq francs cinquante centimes. Cette société a ensuite été modifiée ainsi qu’il suit :

1° Par acte sous seings privés en date à Roye, du douze novembre mil huit cent vingt neuf, fait en double entre les dits sieurs Thirial et Ledru, le premier ayant agi comme le portant fort pour les autres membres de l’association, le dit acte enregistré à Estrées-Saint-Denis le seize du même mois, folio 50, recto, case 4 et suivantes, par Maître Rupin qui a reçu cinq francs cinquante centimes. Le sieur Ledru a cessé de faire partie de la société sans avoir droit contre elle à aucune répétition ni réclamation ainsi qu’il l’a reconnu.

2° Les actes entre les dits sieurs Bertin, de Riencourt, Thirial, de Tallobre et Dame Decrouy, membres restant alors de l’association primitive, et Monsieur Cadeau d’Acy, déjà nommé, acte fait sextuple à Estrées-Saint-Denis, le vingt deux décembre mil huit cent vingt neuf, enregistré audit lieu le vingt six du même mois, folio 58, recto, case 2, et suivantes par Maître Rupin qui a reçu deux cent quatre vingt francs cinquante centimes. Le dit Cadeau d’Acy est devenu membre de la société tant en remplacement du sieur Ledru et pour la mise que celui-ci devait fournir, que pour une partie de celle que devait y faire entrer Monsieur Bertin.

3° Par acte du vingt trois mars mil huit cent trente, fait sextuple à la fabrique de Francières, entre les six associés aux termes de celui dernier énoncé, sous leurs signatures privées et enregistré à ESD le vingt cinq du dit mois de mars, folio 77, verso, case 6 et suivante, par Rupin qui a reçu deux cent quatre vingt francs cinquante centimes et le trente et un décembre mil huit cent trente, folio 21, recto, case 7, pour supplément de droit par Beaudoin qui a reçu à ce titre deux cent soixante neuf francs cinquante centimes. Le dit sieur Thirial a cédé ses droits dans l’association à ses associés moyennant vingt cinq mille francs qui lui ont depuis été payés ainsi qu’il en a été justifié à Monsieur Crespel.

4° Par acte sous seings privés du même jour, vingt trois mars mil huit cent trente, fait quintuple à la dite fabrique entre les cinq associés restant et enregistré à ESD le premier avril suivant, folio 78, verso, case 9 par Rupin qui a reçu trois francs trente centimes, la société a pris la raison CADEAU et Cie.

Enfin, cette société a opéré sa dissolution par acte sous seings privés en date à Compiègne du quatorze mars mil huit cent trente deux, enregistré au dit lieu le vingt huit mars mil huit cent trente deux, folio 25, recto, case 11, reçu cinq francs plus le dixième, signé Aubrelicque. Tous ces actes de constitution, modification et dissolution de société, ont été rendus publics par dépôt au greffe du tribunal de commerce de Compiègne pour chacun dans la quinzaine de sa date, conformément à l’article quarante deux du code du commerce.

Le terrain, formant l’emplacement de la dite usine a été acquis par la dite société ayant alors la raison sociale THIRIAL, BERTIN et Cie, des dits sieurs Thirial, de Tallobre et Cassan , déjà nommés aux présentes, et de MM. Jean Louis Marie Decrouy, notaire, et Marie Valentin Aubrelicque, receveurs de l’enregistrement, tous deux demeurant à Compiègne, suivant contrat reçu devant Maître Pottier, notaire à Compiègne, présents témoins, le vingt huit avril mil huit cent vingt neuf, contenant quittance du prix et enregistré.

Ledit sieur Thirial, tant pour lui que pour ses vendeurs dénommés au contrat dernier énoncé, tous alors membres proposés de l’association depuis réalisée entre lui, le dit sieur de Tallobre et autres, par l’acte constitutif du premier avril mil huit cent vingt neuf, avait acquis le dit terrain de Monsieur Alexandre Louis Frédéric, Comte d’Auger, propriétaire et maire de la commune de Monneval canton et arrondissement de Bernay, demeurant au dit Monneval ; suivant contrat passé devant Maître Leconte, notaire à Bernay, présents témoins, le vingt neuf mars mil huit cent vingt neuf, contenant également quittance du prix et enregistré.

Il est énoncé en ce dernier contrat que le terrain dont il s’agit appartenait à Monsieur Dauger comme faisant partie de la terre de Fresnel, par lui recueilli dans la succession de Monsieur Pierre Alexandre Comte d’Auger, son père, maréchal de camp, décédé au château de Monneval le vingt sept septembre mil huit cent dix neuf dont il était seul héritier ; aussi constaté par acte de notoriété passé devant le même notaire, le quatre novembre suivant.

Lequel sieur Dauger père avait lui-même hérité de la dite ferme de Fresnel, entre autres biens, dans la succession de Dame Gabrielle Eugénie Desprez, sa mère, décédée à Compiègne où elle résidait, le vingt six juillet mil sept cent quatre vingt dix, veuve de Monsieur Louis Alexandre Dauger, lieutenant général, ainsi qu’il résultait d’un partage passé devant Maître Hua et son collègue notaires à Paris le vingt et un novembre suivant : enfin que la dite dame Dauger possédait depuis longtemps.

JOUISSANCE

Pour par le dit Crespel, acquéreur, jouir, faire et disposer de l’immeuble à lui présentement vendu et de tous les accessoires y renfermés, comme de choses lui appartenant en pleine propriété, au moyen des présentes, à compter de ce jour. Suivent le détail des charges, le prix principal : quarante mille francs dont vingt mille sont réglés de suite le reste dans le délai d’un an à raison de cinq pour cent d’intérêts. L'immeuble vendu demeurant affecté et hypothéqué.

Archives départementales de l'Oise. 2 EP 25/452 - 22 avril 1833 Acte n° 260
Vente par Maître CASSAN, au nom ces Messieurs BERTIN, TALLOBRE et autres à Monsieur CRESPEL


En 1836 Joseph André FREY,Directeur et Associé de Crespel-Dellisse, donne son nom à la société. En 1841 Jules BERTHONNIER en est le directeur résident et en 1846 Jean Baptiste GUFFROY.

En décembre 1854, M. CRESPEL crée avec Jean-François Claude LEYVRAZ, ingénieur, une société pour l'exploitation industrielle et commerciale de la fabrique de Francières : La Société LEYVRAZ et Cie dont ce dernier sera directeur de 1856 à 1861.

Elle comprend deux banquiers parisiens : Jean Pierre PESCATORE et Frédéric GRIENINGER. Cet appel aux banquiers est rendu nécessaire par les sommes considérables que CRESPEL doit engager pour moderniser ses usines.
Ce qui n'empêchera pas sa ruine.

En juillet 1859, la fabrique de Francières est vendue aux enchères 200 000 francs à Frédéric GRIENINGER et Denis-Marin BACHOUX, négociant à Paris. En 1861 M. Charles GALLOIS est directeur et M. François DUPONT, chimiste.

Après le départ de Monsieur GRIENINGER, Monsieur Denis Marin BACHOUX crée une société anonyme en décembre 1884 : « La Sucrerie et Distillerie de Francières » laquelle perdurera juqu’à la fermeture et dont l’héritière – en ce qui concerne les terres et les fermes, ainsi que le site de l’usine – s'appelle la S.A.F. Société Agricole de Francières.

Monsieur BACHOUX apporte à la « SDF » la fabrique de sucre (1ha 32 a et 84 ca), le matériel et diverses pièces de terres (11ha 84 a et 11 ca). Le capital est fixé à 1 450 000 francs divisé en 2 900 parts de 500 francs chacune. Monsieur BACHOUX en reçoit 2800 ! Parmi les autres actionnaires, on compte la vve Maréchal, Jean Baptiste JENTAND (15 actions), Eugène PETIT (10 actions) et MARCHAND (15 actions). Outre M. BACHOUX, les premiers administrateurs sont : Eugène PETIT, architecte, J.B. JENTAND, négociant et Léopold BLONDIN, rentier.

Ce changement d’actionnaires s’accompagne d’un changement de directeur. Monsieur GALLOIS est remplacé par Prudent DRUELLE, fabricant de sucre à Courcelles. François DUPONT, le Chimiste, est également licencié. Charles GALLOIS intente un procès à la sucrerie, et réclame pour son congédiement une indemnité de 25 000 F. Le comptable, remercié lui aussi, fait de même.

Lorsque Monsieur BACHOUX est déclaré en faillite, en décembre 1888, pour ses autres affaires, ses difficultés rejaillissent sur l’évolution de la société. Elle se trouve alors dans l’impossibilité de faire face à ses engagements. Une avance de 200 000 francs, qui permet de payer les créances exigibles, est consentie par certains actionnaires qui deviennent ainsi les propriétaires effectifs. 1788 actions changent de mains en 3 jours. Parmi les nouveaux actionnaires, on relève les noms de : Gustave PEREIRE et de la veuve d’Isaac PEREIRE c’est à dire, l’une des grandes familles de la finance de l’époque. Monsieur BACHOUX démissionne du conseil d’administration en novembre 1888.

Trois des plus gros actionnaires : Madame veuve Isaac PEREIRE, Richard LATHAM du Havre et " La société DARBLAY et BERENGER", prêtent cette somme de 200 000 francs, le 03 mars 1889, pour six ans, à un taux d’intérêt de cinq pour cent. Une autre actionnaire, Madame veuve BERENGER née DARBLAY reprend le crédit de la banque Transatlantique, c’est à dire 150 000 francs. BIAREZ, ingénieur domicilié à Paris, DELPEUCH, BELIARD, ingénieur domicilié à Paris mais aussi administrateur de la société anonyme de raffinerie des mélasses et Paul NAZARD, cultivateur à la ferme du Tranloy à Moyvillers, deviennent administrateurs. Lorsque DELPEUCH meurt en 1893, son fils lui succède. La même année, entre au conseil d'administration Auguste FORT, fondé de pouvoir à la société des "Raffineries LEBAUDY", en remplacement de M. NAZARD. Lors du décès de BIAREZ en mars 1897, Eugène CHARDON, ingénieur mais aussi administrateur de la Société des distilleries du progrès, le remplace.

En 1906, Monsieur Gaston BENOIT devient directeur, poste qu'il laissera à Jean VALETTE, en 1939, pour occuper les postes de Président et Directeur Général en 1947. Au décès de Jean VALETTE, Madame BENOIT, quant à elle, reprendra le flambeau en 1951, avec le titre de Directeur Général, tandis que Monsieur DEVANNEAU assurera la conduite de l'usine.

 


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