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Les Distilleries de Francières

La Sucrerie de Francières s'est adjointe par trois fois une distillerie.

L'une sous l’ère Crespel-Dellisse, une autre sous Grieninger et Bachoux avec Gallois comme directeur et la dernière sous Gaston Benoît.

C'était une activité d'appoint, variable dans le temps et les époques en fonction des diverses réglementations fiscales et légales, des nécessités financières et constituant un apport de travail durant l'intersaison.
Mais les bâtiments subsistant des deux dernières sont imposants et intéressants au point de vue architectural.
Outre dix sucreries-distilleries répertoriées dans le département, et deux ou trois râperies-distilleries, Francières était par ailleurs entouré de distilleries « pures », là aussi à des périodes diverses, comme Antheuil-Portes, Beaupuits (Grandvillers), Bresles, Catenoy, Cauvigny, Cressonsacq, Estrées, Le Poyron, Melicocq, Montiers, Moyenneville, Rémy, Warnavillers (Rouvillers), Sacy le Grand, Verberie pour ne citer que les plus proches parmi les 54 relevées dans notre site Internet plus deux sucreries transformées.

Souvent éphémères, elles ont été créées plus tardivement que les sucreries.

Ces distilleries travaillaient les mélasses, les grains, mais aussi les betteraves « en direct » est constituaient donc des rivales sur le marché des planteurs.
Les distilleries de Francières ont surtout traité les mélasses, produites par la sucrerie. Ce qui n'a pas empêché Bachoux en 1885 d'acheter du maïs pour compléter la distillation de la deuxième distillerie, la SDF, d'acheter plusieurs fois comme en 1885, des mélasses extérieures et Gaston Benoît comme en 1933, de traiter directement les betteraves dans la troisième distillerie.

Nous n'avons de chiffres de production d'alcool, dans les périodes d'activité, autres que ceux de la SDF.

Distillerie 1880 (détail) Coll. JP Bricout

Vue de la distillerie 1930

LES MELASSES

Les mélasses sont le résidu non cristallisable, issu de la dernière étape d'extraction, le troisième jet (voire le quatrième).

Liquide sirupeux, il contient encore 40 à 50 % de sucre, davantage dans les périodes anciennes. Ce sucre n'est pas extractible dans des conditions d'extraction viable. Jadis, des établissements appelés sucrâteries l'ont tenté.

UTILISATION DES MELASSES

Il y en a trois :

-l’alimentation animale, (usine de Moyvillers 1926-1934), recèdées « nature »  ou fabrication d'aliments mélassés.
-la fermentation pour l'obtention des levures.
-la distillation pour obtenir un alcool éthylique industriel, appelé aussi alcool agricole, concurrençant l'alcool de synthèse.

Cet alcool est utilisé par les industries de transformation pour certaines boissons spiritueuses, la vinaigrerie, la cosmétique et les parfums, et la chimie dont la fabrication de biocarburants (bioéthanol).
Rappelons aussi son rôle dans la fabrication des explosifs.

De multiples procédés de distillation ont été utilisés. Parmi eux, l'osmose, l'alcool, la chaux et l’alcool et de multiples variantes portant le nom de leur inventeur.

Pour la distillation à partir des betteraves, dans les années 1850, il s’agissait de la méthode Champonnois. Rapes, puis macération et fermentation dans des cuviers enfin alambic.
Plus tard on ajouta de l’acide sulfurique pour accélérer la fermentation. Les levures étaient achetées et le moût fermenté passait dans une colonne de distillation. Le résultat était un alcool impur à faire rectifier à l’extérieur de 50 à 60°.
A partir de 1890, l’essor des distilleries fut favorisé par les maladies successives de la vigne.
Très vite, la diffusion gagna les distilleries.
En 1880, l’ordre des opérations était le suivant :
Lavage, découpage en cossettes, diffusion avec apport d’acide sulfurique, fermentation par apport de levures et distillation dans une colonne à distiller à 25 plateaux superposées.

On peut imaginer les méthodes successives pratiquées dans nos trois distilleries de Francières. Le degré obtenu dans la période moderne était proche de 100°.
Cet alcool agricole n'a jamais été utilisé sur place mais revendu brut aux raffineries et industries.

LA PREMIERE DISTILLERIE

La demande de création a été formulée par Cespel-Dellisse en décembre 1854 juste avant la création de la société Leyvraz et Cie. L'autorisation a été accordée le 15 mars 1855.
Crespel avait, en 1851, agrandi en arrière (à l’est) la salle Thirial d'origine, d’un bâtiment représentant environ la moitié de la fabrique précédente.
Sur le plan figurant dans notre site, ce bâtiment est encore agrandi « en carré » en 1855, représentant environ la même surface que celle de halle Thirial. À l’intérieur de ce nouveau bâtiment, la surface de la pièce destinée à « l'appareil de distillation » ne représente environ qu'un neuvième de cet agrandissement, le reste étant consacré aux générateurs, à la fabrique de noir, aux turbines et l’essentiel aux ateliers de fermentation.



Cette distillerie était donc située sur une partie de la grande salle des générateurs actuelle.
Si la distillerie et son dépotoir figurant encore avec leur matériel dans l'acte d'adjudication de 1859, la distillerie n'existe plus sur le plan de 1860 (non encore publié pour des raisons techniques dans le site) et remplacée par la « cristallisation ».

On ne connaît rien de son fonctionnement, de sa production ni même si elle a fonctionné jusqu'en 1859.

LA DEUXIEME DISTILLERIE

Gieninger, Bachoux et Gallois ont crée cette importante distillerie en 1880, bâtiment superbe créant un très beau décor de fond à la cour de réception des betteraves.
Construite en briques pleines, elle a une façade remarquable. Les toits ont été refaits récemment en bacs d’acier.
Les tours extrêmes, agrémentées d’un rythme de façades aveugles, abritaient les colonnes de distillation et la partie intermédiaire, les cuves de fermentation.

Elle a été utilisée de 1880 à 1889. Jean-Pierre Besse note qu’elle employait une vingtaine de personnes.
Après 1894, la SDF. utilise ces vastes bâtiments pour du stockage et le logement des saisonniers.
Selon les rapports du Conseil d’Administration, on apprend que de 1885 à 1887, la SDF a acheté des mélasses extérieures pour cette distillerie et qu’en 1889, elle soumissionne pour faire des éthers propres à la fabrication d’explosifs.
Mais début 1889, elle cesse de fonctionner car elle est estimée non rentable et la SDF revend ses mélasses.
D’autant plus qu’il est écrit en 1891 qu’elle ne dispose pas d’assez d’eau pour faire fonctionner la distillerie durant la campagne sucrière.
Il est décidé d’entretenir la distillerie au cas où les cours remonteraient.



En exemple, l’AG de décembre 1888 donne les chiffres de production de l’ensemble de l’usine.

12.056 T de betteraves ont été traitées, 11.142 sacs de sucre produits et 608 T de mélasse osmosées.
La valeur en actif de la distillerie est de 413.430 Fr et on y investit 38.231 Fr (cuves de fermentation et cuves de transport.).Elle est en déficit sur 87-88 en raison des achats de mélasses allemandes et américaines trop chères (initiative de Bachoux).
En mai 1889, on note une augmentation exceptionnelle du sucre et «  que l’osmose aurait rapporté. Malheureusement cette hausse est survenue trop tard pour entreprendre une distillation ».

Avril 1892 : « Les autres distilleries inactives depuis des années se rallument et nous font concurrence pour les betteraves ».

Et l’AG de décembre 1893 constate qu’on n’a pas pu songer à remettre en marche la distillerie et qu’on ne pourra jamais utiliser les appareils de distillation (obsolètes ? abimés par l’inaction ?).
Le CA va chercher à s’en débarrasser dans les meilleures conditions.

En effet ce matériel est vendu en mars 1894, « mobilier et matériel n’étant plus au niveau de l’industrie actuelle ».

LA TROISIEME DISTILLERIE

L’intérêt de la reprise de cette activité se manifeste dès 1921, année où est envisagée une distillerie à Catenoy par M.Gauthier, regroupant les sucreries environnantes pour distiller les mélasses. Francières y participerait pour 40.000 F.

Ensuite, on cherche une entente entre les sucreries pour la fabrication de fourrages mélassés.
Enfin, en novembre, la Société Coopérative des mélasses de l’Oise est créée. La SD F. prend 25 actions à 100 F.

Il faut attendre février 1933 pour que le conseil d'administration, en raison du contingentement du sucre et de la production de betteraves, réveille l’intérêt de la distillation.
Le conseil du 15 février remarque que les distilleries se montent ou se remontent et en mars que l'État serait acheteur des alcools.
Dès avril, le devis pour le « remontage » s'élève à 4 500 000 F. (On ne précise pas l'emplacement. Il s'agit des bâtiments crées en bordure de la clôture Nord de la sucrerie).
31 mai 1933 : le CA écrit « la réfection du matériel de l’usine se poursuit activement et la distillerie est également en cours de montage ».
Il peut s'agir de matériels d'occasion ou de récupération.
Huit novembre 1933 : « la distillerie fonctionne bien » et l'on précise en décembre qu’elle peut produire 150 hl d'alcool par jour et traiter 5 à 10 .000 t de betteraves par campagne.
Il ne s'agit donc plus de simple utilisation des mélasses.

CA du 19 décembre 1934 : il a été distillé 5000 t de betteraves qui ont produit 5302 hl d'alcool à 100° et 4650 hl d'alcool de mélasses.
La distillerie a été amortie au premier exercice, la capacité de l'usine augmentée de 20 %.
(Simultanément Moyvillers est mis en sommeil, les fourrages mélassés se vendant mal).

L’AG de décembre 1936 donne les chiffres de la campagne précédente soit 7028 hl d'alcool de betteraves et 5206 hl d'alcool de mélasses.
On signale une surproduction générale, il faut exporter à perte, le gouvernement fait baisser le prix du sucre et le prix des mélasses. On va vendre celles-ci à une lévulerie et aux fabriques de fourrages.

 

AG du 15 décembre 1937 : 3241 hl d’alcool de betteraves-3459 hl d’alcool de mélasses
AG du 14 décembre 1938 : 2039 3623
AG du20 décembre 1939 : 4211 3323

L’AG du 18 décembre 1940 rappelle les conditions épouvantables de l'année écoulée.
La sucrerie n'a pu être alimentée que de 100 à 150 t par jour de betteraves au lieu de 600.
On n’a fait marcher que la distillerie et la campagne a duré jusque début mars . Ce qui a donné un bénéfice industriel modeste mais inespéré.
La campagne 39-40 a donné 6513 hl d'alcool de betteraves et 6357 d'alcool de mélasse.

AG de décembre 1941 : 326 hl d’alcool de betteraves 1522 d’alcool de mélasses
AG de décembre 1942 : 3114 510
CA de juin 1943 : 6510 « très peu »
AG de décembre 1944 : 4795 100 avec une production de sucre de 25 000 sacs.
AG de novembre 1945 : pas d'alcool signalé avec une faible production de sucre de 12 000 sacs.

La distillerie a donc cessé de fonctionner après 1944. En 1950, une partie de nos betteraves a été traitée à la distillerie de Neuvillette (Aisne).

L’AG de décembre 1951 signale qu'elle est remise en route.

En décembre 1953, un contingent d'alcool est alloué au distillateur. Mais en décembre 1954, il est dit que ce contingent est réduit de 6094 à 1767 hl.
La production est de nouveau arrêtée (période Mendès-France) et on perçoit un peu plus tard une indemnité pour abandon de fabrication

Elle est remise en route en 1958.Le CA du 21 novembre indique qu'un petit contingent d'alcool est alloué et que le traitement des égouts pauvres va dégager ainsi l’arrière de la sucrerie.
La campagne 58 -59 donne 3281 hl toujours dans le but de diminuer les frais et de libérer de la place.
Ensuite les chiffres de production sont rares, remplacés par les résultats financiers.

Fin 1962 il écrit que la SDF a vendu 2300 hl et en 1963, 3048 hl.

Les campagnes de distillation démarrent toujours fin novembre pour traiter les égouts pauvres.
Quelques chiffres :
63-64 :3298 hl
64-65 :1807 hl
65-66 :8470 hl
Rien d’indiqué pour 66-67 mais l’AG de décembre 1968 note que la distillerie est toujours en route.
68-69 :2650 hl

Et c'est la fermeture de la Sucrerie.

Le six août 1969 on note que sur notre contingent d'alcool il reste 1726 hl.
Dont 1000 hl sont cédés à la sucrerie de Wavignies et 726 à celle de Barbery.

Le matériel a-t-il été vendu ou ferraillé ? Nous n'en savons rien.
Cette troisième distillerie a en tout cas fonctionné jusqu'à la fin.



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