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Les Dirigeants

DIRECTEURS DE FRANCIERES :
Ces quelques renseignements proviennent de recensements de population.
- Sous Thirial de 1829 à 1832 :
1831 : Resident responsable, Louis Vinchon
1836 : Joseph-André Frey

 -Sous Crespel-Dellisse de 1833 1859, on trouve :
1841 : Jules Barthomier
1846 : Jean-Baptiste Guffroy
1851 : Jean-Baptiste Guffroy
1856 :  Jean-françois Leyvraz, directeur et associé de Crespel depuis 1854

- Sous Bachoux de 1859 à 1884 :
1860 : la sucrerie est appellée « sucrerie Dermigny et C° » ( « Statistiques industrielles, Fabrique de sucre de Francières, ADO MP 3746), seule indication. Le directeur ?
1861 : Jules Cusenier
1866 : Charles-François Gallois

ensuite ce seront Prudent Druelle, Gaston Benoit avec l'intérim de son épouse en 14 18, Jean Valette puis Mme Benoit.

PERSONNALITES MARQUANTES
Leurs portraits. Leur "empreinte".

 


1. César Auguste THIRIAL
2. Louis François Xavier Joseph CRESPEL-DELLISSE
3. Denis-Martin BACHOUX
4. Charles-François GALLOIS
5. François DUPONT
6. Prudent DRUELLE
7. Gaston BENOIT
8. Marguerire LESAGE, épouse de Gaston BENOIT
9. Jean VALETTE
10. Autres PERSONNALITES

 



César Auguste THIRIAL :

La famille THIRIAL était originaire d’Espagne qu’elle quitta au seizième siècle pour s’installer en Touraine. Localement, on retrouve ce nom tout au long des XVII° et XVIII° siècles comme fermiers des terres du prieuré, de la cure, de la chapelle Saint Sauveur, receveurs de la seigneurie ou lieutenants de justice avant la révolution.
Le premier représentant est Denis, né en 1696, receveur et lieutenant de la Prévotée Royale de Remy, Gournay et Moyenneville et lieutenant de justice de la seigneurie de Francières. C’est son fils François, officier municipal pendant la révolution, qui sauva le presbytère et bâtit la première école publique avant de les rétrocéder à la commune en 1800.
Monsieur César Auguste THIRIAL, fils du précédent, est né à Francières en 1783 dans la ferme dite "Du bout du Monde" qui appartenait déjà à sa famille en 1770.
Après la révolution et jusqu'en 1830, César Auguste THIRIAL fut fermier du hameau de Fresnel. Il fut également maire du village de 1815 à 1831 puis de 1832 à 1837 ; Jules César Thirial lui succèda en 1837 pour une brève durée.
César Auguste, quant à lui, se retirera à Margny lès Compiègne en 1840. Sa fille et son gendre Louis CHEVALIER récupéreront alors la ferme du Bout du Monde. C’est à Estrées-Saint-Denis qu’il fut inhumé dans les années 1850, mais sa sépulture a depuis disparu.
Dans le cimetière actuel de Francières datant de 1846/1850, une simple plaque commémorative fixée sur la sépulture des CHEVALIER, rappelle sa mémoire.

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Louis François Xavier Joseph CRESPEL-DELISSE :

Né à Lille le 22 mars 1789, ses parents, cultivateurs à Annoeuillin, s'établirent commerçants dans cette ville.
Il perd son père très tôt et se trouve obligé d'abandonner ses études.
Il épouse en 1809 Mademoiselle DELLISSE, nom qui est souvent accolé au sien.
Dès 1810, avant même la promulgation des décrets napoléoniens, il avait établi à Lille, une fabrique expérimentale et obtenu, un des tout premiers, un échantillon de sucre de betterave.
En 1815, il installe à Arras un établissement qui devait connaître une extraordinaire prospérité (cent cinquante ouvriers pendant l'hiver et deux cent quatre-vingt dix pendant l'été, en 1827) et reçoit la visite des plus hauts dignitaires français et étrangers, parmi lesquels le duc d'Angoulême et le roi Charles X.
Pionnier de l'industrie sucrière, Crespel-Delisse n'aura de cesse de perfectionner la culture betteravière et les techniques de raffinage du sucre.
En 1825, il obtient le grand prix de la société d'encouragement pour l'industrie nationale.
Par ailleurs, il accroît considérablement le réseau de ses entreprises. Propriétaire, outre sa raffinerie d'Arras, de sept sucreries dans le Pas-de-Calais, il s'implante, avant 1824 dans l'Aisne, à Villequier-Aumont et Frières-Faillouël.
Par la suite, il rachètera les sucreries de Sailly-le-Sec et de Roye, ainsi que celle de Villeselve, en plus de Francières en 1833, acquise peut-être sur le conseil de son «disciple» LEDRU.
Premier fabricant d'Europe, il favorise l'expansion de cette industrie dans tous les domaines y compris celui des avancées technologiques et resserre les liens entre les industriels au-delà des frontières. Au total, en 1848 ses treize "fabriques de sucre agricole" couvrent une superficie de 2 274 ha et l'ensemble de son industrie produit un actif de 2 819 000 tonnes pour 2 500 000 kilogrammes de sucre obtenu.
Celle de Francières couvre à elle seule 200 hectares qui, contrairement aux autres propriétés, sont chaque année sans interruption, cultivés en betteraves qui, chose remarquable continuent "à croître en abondance".
Mais une nouvelle législation va faire passer le montant de ses impôts de 300 000 francs en 1839 à 1 850 000 francs en 1841 et à partir de 1854 la nécessaire modernisation de ses usines va lui poser d'importants problèmes financiers.
En 1857, il est ruiné par la hausse du taux de l'escompte et la chute du prix du sucre. Les banquiers et les notaires contribuent à peine à combler le passif de plus d'un million que lui laisse la campagne 1857/1858.
L'Etat à qui il doit 474 000 francs, vend une partie de ses usines.

En 1864, NAPOLEON III fait voter par le corps législatif une pension viagère de 6 000 francs pour CRESPEL à titre de récompense nationale. Celui qui est considéré comme le fondateur de l'industrie sucrière en France meurt du choléra peu de temps après, le 21 novembre 1865.

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Denis-Martin BACHOUX :

Denis-Marin Bachoux, «  propriétaire » de la sucrerie de 1859 à 1888, est né vers 1813.

Nous ignorons son parcours jusqu’à son arrivée à Francières. Il demeure à cette époque Bd de Sébastopol à Paris. Il est négociant en denrées coloniales (sucre et café) au 37 rue Ste Croix de la Bretonnerie ( où se tiendront plus tard les Conseils d’Administration).
En juillet 1859, la sucrerie de Crepel-Dellisse, mise en faillite, est vendue aux enchères.
Elle est rachetée par Bachoux, associé à Frédéric Grieninger, banquier de la banque Pescatore et déjà membre de la société Leyvraz et Cie, créée par Crespel en 1854.
Grieninger se retire du conseil d’administration, tout en restant actionnaire et Bachoux se retrouve seul aux commandes.

Puis en raison des lourds investissement nécessités par les nouveautés technologiques, les difficultés financières apparaissent. Pour y apporter de nouveaux capitaux, Bachoux fonde en 1884 la SDF, société des Sucrerie et Distillerie de Francières dont il possède 2800 parts sur 2900. Grieninger vend à cette date ses dernières actions.

De 1886 à 1888, la situation financière s’aggrave. Des associés démissionnent.
En 1888, un des trois gendres de Bachoux, lui aussi négociant en importations coloniales, fait faillite.
Denis-Marin Bachoux, garant et caution de son gendre, est entraîné dans une faillite personnelle.
Il donne sa démission de président de la SDF le 28 novembre 1888.
De nouveaux actionnaires apparaissent, Bachoux ne possède plus que 502 actions.
Ruiné, il décède en 1889 en son nouveau domicile du 7 square du Roule à Paris.
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Durant ses 29 années à Francières, il aura engagé Gallois comme directeur en 1866, Dupont comme chimiste en 1877.
Les importantes transformations de l’usine durant sa présidence sont énumérées dans les chapitres consacrés à ces deux personnalités.
En 1884, il licencie Gallois et nomme Prudent Druelle nouveau directeur.

Par ailleurs, il a été membre du Conseil d’Escompte de la Banque de France de 1870 à sa démission en 1888.

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Charles-François GALLOIS :

Cet article est rédigé en partie grâce à la documentation de Bertrand Fournier du Service Régional de l’Inventaire.

Charles-François Gallois, directeur de la sucrerie de Francières de 1866 à 1884, est né le 15 novembre 1828 à Harlimont près de Verviers en Belgique ( en fait la Hollande, la Belgique n’étant devenue indépendante qu’en 1830) mais de père français, exerçant la profession de serrurier.

En 1852, il sort de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures.
- De 1852 à 1854, il installe la sucrerie de Quesnay sur Deule (Nord).
- De 1854 à 1856, c’est la première distillerie de betteraves de l’Ouest à St Léonard ( Seine Maritime) qu’il installe.
- De 1856 à 1861, il est ingénieur d’un prince égyptien et fonde la sucrerie de canne à sucre de Erment en Haute Egypte. Il y invente un procédé de macération et crée de nombreuses irrigations de plantations de canne.
Il y construit même un palais près du Caire, le palais de Coubbey.
- Entre 1861 et 1864 ; il est ingénieur de la Cie Gale de Construction de matériel ferroviaire à Clichy ( la Garenne).
- De 1864 à 1866, il installe l’usine de cuivre de Navarre dans l’Eure. Il y invente un four à recuire le cuivre.
- En 1866, Bachoux le nomme directeur-gérant de sa sucrerie de Francières.

Nous ne savons pas encore qui était directeur de 1859 à 1866.
Nous ignorons aussi qui était chimiste de 1859 à 1877, date à laquelle est nommé François Dupont.
Gallois porte la production de sucre de son arrivée à son départ de 7-8000 sacs de 100Kgs à 15-18000 sacs.
Avec Dupont, ils installeront après 1877 (on ignore la date exacte) la diffusion à vases.
En 1880, la grande distillerie en arrière de la cour à betteraves actuelle sera édifiée puis au sud, une usine à soufre (procédé d’extraction du sucre), une usine à potasse ( récupération des résidus de distillerie pour les engrais).

 


A titre personnel, il invente durant cette période :
- un robinet pour filtre-presse
- en 1868, un compteur à betteraves
- en 1873, un laveur de noir animal
- en 1877, un monte-betteraves métallique
- en 1878, une soupape spéciale pour gaz carbonique et surtout le « procédé Gallois » d’épuisement des pulpes ou cossettes

Au plan agricole, il a ajouté à la sucrerie deux fermes de 160 et 150 hectares et développé la vente d’engrais.
Il rédige «  La question du sucre devant le Parlement ».
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Licencié par Bachoux en 1884 lors de la création de la SDF, il gagne contre elle un procès en dommages et intérêts en 1885.
Il crée ensuite avec Dupont le « laboratoire scientifique et industriel Gallois-Dupont ».
De 1889 à 1895, il préside l’ « Association des chimistes de sucreries et distillateurs de France et des colonies », l’ACIA, fondée par Dupont et toujours active.
Il anime aussi de nombreuses autres associations, congrès internationaux et reçoit des récompenses multiples.
En 1893, toujours avec Dupont, il fonde la première école d’enseignement de l’agro-alimentaire, l’ENIA devenue l’ENSIA. C’est l’Ecole de Douai transférée depuis à Massy.
La même année et encore avec Dupont, il publie le « Manuel-agenda des Fabricants de sucre et des Distilleries » réédité longtemps.

Gallois était chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur depuis 1882 et a été promu Officier en 1895 pour ses autres activités avec le chimiste Dupont.

Nous ne savons pas encore ce qu’il est devenu après 1895 ni en quelle année est survenu son décès.

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François DUPONT (1847 - 1914)

F. Dupont
Cet article est, en grande partie, rédigé à partir de la conférence d’un historien savoyard, Louis TOUVIER, le 3 Novembre 2010 à l’Académie Florimontane d’Annecy et à partir des informations données par M. Pierre VIGREUX, de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort, en plus de nos sources personnelles.
Monsieur Pierre VIGREUX, concluait dans sa lettre : "Par l'intermédiaire de ces deux personnes, la Sucrerie de Francières est donc à l'origine de la principale école d'enseignement de l'agro-alimentaire en France ainsi que de cette association de chimistes qui existe toujours".

SA JEUNESSE
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François Dupont est né en 1847 dans le royaume de Sardaigne de l’époque. Fils d’un paysan, il est l’aîné de 10 enfants. Ses résultats scolaires en primaire étant excellents, son instituteur le pousse à la poursuite des études.
En 1860, il devient Français comme les savoyards.
En 1866, il « monte » à Paris pour des études supérieures.
Il entre au Conservatoire des Arts et Métiers, seul établissement dont la scolarité soit gratuite. Il choisit les options chimie industrielle et économie industrielle.
A 22 ans en 1869, le voilà ingénieur des Arts et Manufactures.
On ne connaît pas ses occupations entre 1869 et 1877. Une source suggère qu’il a dirigé un établissement d’enseignement en Seine et Oise.

FRANCIERES
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Lors du rachat de la sucrerie en 1859 par Denis-Marin Bachoux et Frédéric Grieninger, ceux-ci nommeront un nouveau directeur Charles Gallois qui lui-même embauche François Dupont en tant que chimiste en 1877.
C’est sous sa direction technique qu’a été installée la première diffusion sans en connaître la date précise (la première dans l’Oise a été celle de Villeneuve-sous-Verberie en 1876).
M. Touvier nous apprend qu’il a aussi introduit une méthode de purification par électrolyse sans qu’on en ait d’autre documentation. (il était en relation avec le grand Marcellin Berthelot).
Ainsi que l’introduction de l’anhydride sulfureux après les cuites à la place du bisulfate de potassium. L’usine à soufre au sud du corps principal créée à partir de 1880 comme la deuxième distillerie date donc de sa présence à Francières.

Sans qu’on en connaisse la période, il a été envoyé par Gallois comme directeur technique d’une sucrerie de cannes à sucre en Égypte. Il en aurait rapporté les méthodes d’électrolyse ( ?) et de sulfitation pour le blanchiment du sucre extrait.
Il a doublé le rendement d’extraction du sucre à 12 % du poids des betteraves.

(notons que Gallois avant d’être nommé directeur à Francières avait dirigé une sucrerie en Égypte).
Il part ensuite diriger une mission d’information en Allemagne, envoyé par le Ministère de l’Agriculture. Il en rapporte la formule d’un engrais à base d’acide phosphorique, d’azote et de potasse, qui doublera le rendement de betteraves à l’hectare.

C’est aussi durant son passage à Francières qu’il participe en 1882 au Congrès sucrier de Saint-Quentin. À son issue, il crée l’Association des Chimistes de sucreries et distilleries de France, qu’il présidera en alternance avec Gallois.
Son but était « d’occuper » les chimistes toute l’année et non pas seulement durant les campagnes sucrières et de déboucher sur toute l’industrie du sucre et de la fermentation puis la chimie agro-alimentaire, ce qu’il réalisera en 1893.
Cette association deviendra l’ACIA, Association des Chimistes, Ingénieurs et Cadres des industries agricoles et alimentaires, qui fonctionne toujours.

En 1884, lors de la création de la SDF, Charles Gallois et François Dupont sont licenciés par le nouveau Conseil d’Administration.

ACTIVITES NATIONALES APRES 1884
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Après son départ de Francières, Gallois s’associe avec François Dupont pour créer un laboratoire de chimie à Paris.
Dupont fonde aussi une manufacture d’instruments de mesure chimique
(saccharinomètres, féculomètres etc.).
En 1893, il fonde l’Ecole Nationale Supérieure des Industries sous le nom d’ENIA. C’est l’école d’industrie agro-alimentaire de Douai qui deviendra ensuite l’ENSIA et sera transférée en 1961 à Massy (Yvelines).

Il devient membre de plusieurs sociétés savantes concernant l’agriculture et les sciences. Il fonde aussi la Société Scientifique de l’hygiène alimentaire pour l’éducation scolaire.

Son seul échec sera celui de la transformation des résidus miniers du charbon en engrais.

Enfin il fondera les Congrès Internationaux de Chimie appliquée, qu’il organisera tous les trois ans de 1892 à 1912, y représentant officiellement la France.

En 1889, il édite avec Gallois un traité de la fabrication du sucre, sept fois réédité, de 600 pages, et dont le titre exact est : « Manuel-agenda des Fabricants de sucre et des Distillateurs, à l’usage des fabricants de sucre de betterave et de canne, des raffineurs et des distillateurs, chimistes, ingénieurs, chefs de fabrication, contremaîtres et des employés de Régie ».
Suivra en 1890, un « Guide pour l’usage des engrais ».

CARRIERE INTERNATIONALE
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Sans en connaître la date, (avant 1892?), le Ministère de l’Agriculture l’envoie au Venezuela, où il conseille l’édification d’une fabrique de sucre de canne. Une stèle lui a été élevée à Caracas.
Il intervient ensuite dans le problème international des Balkans. La France y perd ses marchés de sucre au profit de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

François Dupont a l’idée d’y transférer la technologie française en assurant la fourniture et la maintenance d’un matériel fabriqué chez nous. Il crée ainsi avec un banquier la Société Dupont-Milassoux et Cie°.
Cette société crée en Roumanie à Ripicéni une sucrerie assurant la totalité de la consommation locale.
Puis en Bulgarie, une sucrerie à Kayalé, stoppant ainsi les importations germaniques.

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Nous ne mentionnerons pas ici ses multiples actions sociales pour le développement de la Savoie et l’assistance aux savoyards, « émigrés » en France.
Ni ses activités de maire de sa commune de Charvonnex, à la fois sociales et pédagogiques.
Il avait épousé en 1896 l’artiste France Premat. Il en eut deux enfants dont l’un mourut en bas âge et l’autre épousa la marquise de Monferrat.
Une de ses petites filles habite l’Oise et va nous rendre visite…

Il était officier de la Légion d’honneur, commandeur du Mérite agricole, et porteur de décorations italiennes, roumaines, et vénézuéliennes.
A ses obsèques en 1914, les ambassadeurs de Bulgarie, Italie, Roumanie, Venezuela, étaient présents ainsi que Gustave Eiffel, Paul Deschanel et les présidents de toutes les sociétés qu’il avait fondées.

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Prudent DRUELLE :

Le successeur de Monsieur GALLOIS est Prudent DRUELLE, né à Séraucourt-le-Grand dans l’Aisne le 02 avril 1835, fabricant de sucre à Courcelles que dirigeait son père. Il signe un contrat de six ans, qui fixe ses appointements à douze mille francs par an et lui accorde 10 % des bénéfices. Monsieur DRUELLE – qui restera à Francières jusqu’en 1906 - amène avec lui un comptable, Jules PIDOUX, qui reçoit 250 francs par mois plus le logement et le chauffage. Prudent DRUELLE reste plus de vingt ans à Francières.

Druelle
Prudent Druelle (1) Madame Druelle (2) Maurice Druelle(3) et Paul (4). Collection J. P. Bricout.

Pendant son séjour à Francières, il place tous les membres de sa famille à l’usine où ils commencent ainsi leur carrière. Son fils Louis est chimiste, son second fils Fernand, sous-chef de fabrication et son gendre, Lazare Pierre ROUX, est ingénieur. Comme Gallois avant lui, qui fut conseiller municipal de 1874 à 1888, M. DRUELLE participe activement à la gestion de sa commune et siège au conseil municipal de 1888 à 1904.

Il meurt au début de l’année 1906. Sa mort clôt une période au sein de l'entreprise que l’on pourrait qualifier de consolidation. C’est le mari de sa petite fille qui lui succède, ouvrant une nouvelle période.

 

Druelle
Au premier rang : Germaine Hacquart, M. Druelle et Mme, Marguerite Lesage.
Au deuxième rang : Fernand Druelle, Amélie Lesage, Simone Benoit. Collection Jean Pierre Bricout
.

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Gaston BENOIT :

Monsieur BENOIT est né le 13 novembre 1872 à Magny en Vexin. Autodidacte, il a commencé à travailler à l'âge de quatorze ans comme aide-chimiste à la sucrerie de Pierrefonds.

Il a épousé Marguerite LESAGE, petite-fille de DRUELLE, de huit ans sa cadette. Le couple aura quatre filles nées entre 1904 et 1911.

G. BENOIT était, avant son arrivée à Francières, directeur administrateur de la sucrerie de Crépy-en-Laonnois dans l'Aisne.

Si son action s'est souvent inscrite dans la continuité de celle de Prudent DRUELLE, il a aussi imprimé sa marque à la marche de l'entreprise et manifesté des préoccupations sociales.

Dès le 02 août 1914, il part au front comme lieutenant d'artillerie.
Blessé, il est fait prisonnier le 2 septembre, laissant la direction de l'entreprise à son épouse.

ANECDOTE

Participation de Gaston Benoit à la création de l'aérodrome d'Estrées  :

L'AERODROME D'ESTREES Saint DENIS
Naissance et oubli d'un petit aérodrome populaire
La création de l'Aéro-Club de l'Oise (extraits)

"C'est le 28 janvier 1931 qu'est fondé l'Aéro-Club de l'Oise...

…La pratique de l'aviation n'est pourtant pas tout à fait une nouveauté pour les Compiègnois. …
...Le soutien moral de personnalités comme le colonel Sutterlin et le soutien matériel d'un industriel comme Gaston Benoit vont apporter une caution déterminante à une activité encore toute nouvelle...

…La société créée, restait le plus difficile : trouver un terrain assez vaste, susceptible d'accueillir les évolutions des appareils, situé à proximité immédiate de Compiègne...

…Une personne va leur faire confiance: Gaston Benoit, actionnaire et directeur de la Sucrerie de Francières.
Il va mettre à la disposition de la jeune société un terrain près d'Estrées-Saint-Denis. …

Le terrain d'Estrées-Saint-Denis :
…Situé le long de la départementale 36, sur le territoire de Remy, non loin de Francières et tout près d'Estrées-Saint-Denis, il est inauguré le jeudi 25 mai 1933, jour de l'Ascension, un bon présage pour les aviateurs. …

Au matin du 27 août 1933, le temps est superbe.…

from geocaching

... A midi, en présence de M. Benoit, de M. Valette, du colonel Sutterlin, président des membres du comité, de MM. Guérin, Berger et Dusanter et d'une nombreuse assemblée, le curé de Francières baptise l'avion Potez 36 immatriculé F.A.J.U.P. et surnommé le " Rouge gorge» (en rapport avec la couleur de l'appareil !).
Mme Benoit, marraine de l'avion, brise la traditionnelle bouteille de Champagne sur l'hélice, sous les applaudissements de la foule.

Le colonel Sutterlin et Louis Dusanter remercient M. Benoit pour sa participation "au développement de l'aviation dans la région» et "son dévouement et sa générosité envers l'Aéro-Club de l'Oise» …"

Ce document est extrait de l'article paru dans "La Revue du Pays d'Estrées" n° 19 - juillet 2006. Cliché appartenant à Monsieur Jacques Dusanter (le fils du fondateur de l'Aéro Club de l'Oise).
Texte intégral auprès de l'Association des Deux Montagnes.
11, ruelle Champagne. 60680 - Grandfresnoy
ou en cliquant ici.

Autre source internet :
http://www.anciens-aerodromes.com/?p=3886

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Marguerite BENOIT

Marguerire BENOIT
Portrait de Marguerite Benoit (1880-1972).
Coll. particulière / Coll. J.P. Bricout.

UNE FIGURE DE FEMME : MADAME BENOIT à LA SUCRERIE DE FRANCIERES DE 1914 à 1918

http://france3-regions.francetvinfo.fr/picardie/histoire-14-18-il-y-cent-ans-marguerite-benoit-la-dame-du-sucre-778989.html
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Il faut imaginer cette grande bourgeoise en brodequins et robes de fabrication locale, pataugeant dans la gadoue des routes et des champs défoncés par les troupes, conduisant sa charrette tirée par sa vieille jument pour gagner une gare lointaine ouverte ( Pont, Clermont , voire Crépy ou Amiens) afin d'aller négocier dans les ministères à Paris où se rendant à Compiègne passant par les ponts de bateaux , dans l’encombrement des convois et au milieu des explosions des tirs de notre artillerie ou de celle des obus allemands.
Avec les multiples contrôles routiers ou dans les gares pour des questions de visas toujours changés, entraînant refus d'embarquer ou bien de sortir de la gare.
Comme à un retour d'exode dans un logement vide et sans vitres, avec une paillasse, une table de jardin, un tronc d'arbre pour siège, un quart et une gamelle prêtés par un soldat et ladite gamelle réchauffée sur un coin de la roulante des soldats occupant l'usine.
Et continuant à gérer fermes et usine, approvisionnements et ventes tout en s'occupant de sa famille et des soldats voisins.
Et les évacuations où elle retrouve au retour outre sa maison, usine et fermes pillées et ravagées.
Les pressions familiales pour abandonner.
Et la suffisance, la non-reconnaissance sincère de son conseil d'administration de tutelle.

SES ORIGINES FAMILIALES

Prudent Druelle, directeur de l'usine depuis 1884 jusqu'à son décès en 1906, a eu cinq enfants, trois garçons et deux filles dont l'une épousera M. Lesage, père de Marguerite née en 1880.
On ne sait rien de sa scolarité, sans doute une solide éducation dans un établissement privé comme les jeunes filles de son milieu et de son époque, l'amenant à un brevet qui, avant 1900, était la consécration et d’un autre niveau qu’actuellement.
On connaît seulement son éducation religieuse, ses talents de pianiste, la langue allemande apprise à l'école et elle avait passé le diplôme d'infirmière.
Jeune fille de bonne famille prête à tenir un rôle d'épouse et de mère mais sans aucune formation technique d'agriculteur et encore moins de fabricant de sucre.
Elle épouse Gaston Benoît de huit ans son aîné en 1903. Gaston Benoît était à cette époque directeur administratif de la sucrerie de Crépy en Laonnois.



C'est à Crépy qu’elle vivra jusqu'en 1906, son mari étant nommé en juin directeur de la sucrerie de Francières à la mort de Druelle. Marguerite retrouve son pays natal.

Elle a eu quatre filles nées entre 1904 et 1911 qui avaient donc de 10 à 2 ans à la déclaration de la guerre.
Lieutenant d’artillerie, Benoit est mobilisé le 31 juillet 1914. Elle va le retrouver deux ou trois fois dans l'Aisne où son unité se constitue.
En particulier le quatre août à Moy où elle lui promet de le remplacer et où Gaston lui indique comment tout doit marcher et fixe « un conseil de régence». Marguerite Benoit a ce jour-là 34 ans.

Le 2 septembre, dans les combats de Guise, Gaston Benoit, blessé, est fait prisonnier et sa femme restera longtemps avant de savoir qu'il était vivant et interné en Allemagne et de pouvoir très irrégulièrement correspondre avec lui.


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Dés le quatre août 1914 elle réunit, sans aucun mandat officiel, tous les chefs de service et« s'initie aux affaires ».
La guerre est encore loin et personne ne s'imagine ce que notre région va subir. Mais déjà elle est aux prises avec les premières difficultés, pour gérer la fabrique et 900 ha de terres et de fermes.

Le personnel :
Les hommes valides ont été mobilisés. Malgré tout, son personnel sera essentiellement masculin et l’on imagine combien il a été dur et délicat en 1914 pour une femme, de s’imposer.
Durant toute la guerre, il lui faudra lutter contre « les froussards, les défaitistes » qui, inquiets pour leurs familles en plus, voudront fuir et abandonner village et travail. Elle se heurtera même durant la crise de 1917, à des propagandistes cherchant à faire déserter le personnel exposé.
Ce personnel, nettement moins qualifié, il faudra qu'elle aille le chercher durant quatre ans dans les usines fermées, parmi des «ouvriers parisiens», des délinquants, qui lui causeront les pires soucis et qu'elle ne gardera pas longtemps, par des prisonniers de guerre allemands qu’il lui faudra mater, maniant carotte et bâton et dont elle se retrouvera « militairement » responsable.
Enfin, très souvent en période de moisson ou de campagne, par des soldats au repos détachés par les autorités militaires. (L'un d'eux mourra écrasé entre deux wagons en 1915).

La chasse aux fournitures :
Dans les conditions de circulation déjà évoquées, il lui faudra trouver les fournitures à la suite de démarches harassantes, souvent parisiennes. Charbon difficile à acheminer, coke (elle ira un jour à Boulogne-sur-Mer, pour en faire débloquer), semences, pièces détachées etc.
Il lui faudra assurer son contingent de betteraves et, durant tout ce temps, lutter contre les« confrères » essayant de lui prendre ses contrats (surtout des distillateurs) en parlant de son incompétence de femme et en surpayant les cultivateurs.

Tracasseries administratives :
Pour le moindre déplacement, pour l'obtention du moindre approvisionnement ou de personnel, elle devra sans cesse présenter des laissez-passer toujours modifiés, sans cesse refoulée sur la route et dans les gares.
Lors d'un changement de déploiement d'armées, elle ira chercher à 16 Km au Sud une nouvelle autorisation avant de pouvoir se rendre à Compiègne à 12 Km à l'Est.
En 1915, durant des mois, la limite du front est fixée au passage à niveau d’Estrées, interdisant au personnel de « monter » à l'usine et à elle d'aller se ravitailler à Estrées. La boulangère lui passait son pain par-dessus la barrière, mais avec l'interdiction de lui parler.


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Les réquisitions :
Sans cesse de nouvelles réquisitions s'abattaient sur la sucrerie, les champs et les fermes d'où de permanentes disputes avec les officiers d'administration. Il lui fallait « monter » jusqu'à un général.
Par exemple, boucherie et infirmerie installées en pleine usine, plus tard dépôt de munitions occupant presque tous les bâtiments alors que la sucrerie était déjà menacée de bombardements.
Et ce qui n'arrangeait rien, c'est que ces multiples diktats étaient formulés souvent par de jeunes et fringants officiers « sous-fifres imbus de leur pouvoir », multipliant un zèle administratif, afin de ne pas partir au front, alors qu'elle-même était morte d'inquiétude pour son mari interné en forteresse et malade, d'après les rares nouvelles qu'elle en avait.


Heureusement, dès qu'elle montait dans la hiérarchie pour aller y batailler, elle rencontrait un accueil plus favorable. Son statut de femme en zone hostile et de femme de prisonnier, la nécessité pour le pays de l'approvisionnement en blé et en sucre (la plupart des sucreries se trouvaient en zone occupée ou détruites) et…son culot, lui permettaient de reprendre le travail.

Ambiance de guerre :
Et tout ceci en zone de guerre avec les alertes, les couvre-feux.
Nous reviendrons peu sur les trois évacuations de l'usine et des habitants du hameau.
Celle de 14, au retour de laquelle elle retrouve l'usine et son habitation dévastées et saccagées par les Allemands, l'armée à son retour ne lui laissant, pour vivre et travailler, qu'une chambre et une petite salle.
Celle, brève, de mars 1918 pendant laquelle les Anglais se sont livrés aux mêmes dévastations.
Celle, longue, de juin 1918 qui dura plus de deux mois. L'usine et la région ont été transformées en un épouvantable champ de bataille. Début août, l'armée a démonté et évacué le matériel de l'usine, qui ne sera rapatrié que fin 1918.
Entre ces évacuations, les bombardements aériens et par l'artillerie ont été sévères, atteignant souvent le périmètre de la sucrerie et y causant des dégâts. Il y eut même des obus de gaz asphyxiant en juin 18.
Les plus sévères ont eu lieu entre novembre 1916 et mars 1917 (puis le repli allemand, rendra la vie plus supportable). Ensuite les violents bombardements d'avril 1918 à début juin, journées passées dans les abris, nuits de gardes, car elle s'était portée volontaire pour actionner la sirène en cas d'alerte.
Mme Benoît raconte les chutes ou atterrissages d’avions français ou ennemis, à côté de la fabrique (elle fit même des prisonniers)
Mais entre-temps c'est notre artillerie, en particulier des pièces à longue portée, qui s'installent au hameau et tirent jour et nuit.


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La vie personnelle et familiale :
Durant ces années terribles, elle garde et élève ses filles (sauf quelques semaines en 1917) avec l'aide, au début, d'une institutrice privée.
Elle gère l'école de la sucrerie, rétablissant plusieurs fois la discipline perturbée par l'absence des pères.
Elle continue à verser une partie du salaire aux femmes de soldats et console les veuves.
Elle trouve le temps de réconforter et d'apporter du ravitaillement aux blessés et malades de l'hôpital militaire proche et de fleurir les tombes des soldats tués.
Et bien sûr, durant ces années, elle est harcelée en permanence par ses parents et sa famille, inquiets de les savoir toutes les cinq en pareil danger et qui font pression pour qu'elle abandonne.

Ses relations avec le conseil d’Administration:
Mme Benoît évoque peu, dans son livre, sa dépendance hiérarchique vis-à-vis du conseil d'administration. Elle n'évoque jamais la normalisation de son statut, qu'elle s'est attribuée de fait, à la suite de la promesse faite à son mari.
Elle va assumer tout le travail, sans jamais le moindre mandat officiel du C.A. qui a repris théoriquement toutes les prérogatives de Gaston Benoît et envoie, quand le climat est calme, de temps en temps, un inspecteur ou contrôleur sur place. Il s'est bien gardé de trouver un membre, pour prendre sa place à Francières.

Mme Benoît évoque peu ces inspections. Elle raconte les deux seules visites du premier émissaire du C.A. en octobre et novembre 1914 alors que cet émissaire était rétribué et censé passer quatre jours par semaine à Francières.
Il s'agissait de son oncle Fernand Druelle, venu pour la convaincre de reconnaître son incapacité, afin de laisser la place à un autre neveu qui aurait ainsi évité la mobilisation.


Heureusement très vite, ces contrôles espacés dans les périodes tranquilles, seront assurés par son père Lesage et un autre oncle, Paul Roux.
Une motion de félicitations est votée par le C.A. en janvier 1915… à l'instigation d'un simple actionnaire. Elle prend comme des notes attribuées à un élève, ces félicitations qui seront renouvelées en octobre.
Bien que se rendant plusieurs fois à Paris pour des démarches, elle n'assiste à un premier conseil qu'en janvier 1916 (où on lui offre tout de même un service d'argenterie) et assiste à sa première Assemblée Générale en décembre 1917 « où elle reçoit des louanges de Messieurs graves ».
Sinon les comptes-rendus des Conseils l'ignorent et s'attribuent toutes les opérations et décisions.
En « reconnaissance » tardive, le C.A. lors du décès de son mari en 1947 décidera
« qu'elle pourra résider à Francières tout le temps qu'elle le jugera et tant que le séjour lui sera agréable ».
Et l'année suivante une prime exceptionnelle de 200 000 F lui est accordée « en souvenir des services rendus par son mari durant 41 ans » et l’on passe sous silence ses quatre années à elle, qui en font partie.

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Et pourtant, actionnaires et administrateurs pouvaient lui être reconnaissants
La campagne 1914- 1915 a rapporté un bénéfice de près de 245 000 F..
20 559 t de betteraves ont été traitées, presque autant que l'année précédente
L'exercice 1915 -1916 a été bénéficiaire de 8 934 F, 92 376 avec les fermes.
Celui de 1916 -1917 l'a été encore plus.
En 1917 -1918, 19 118sacs de sucre blanc et 2800 de roux ont été produits plus 750 t de mélasse. Le bénéfice est de plus de 318 000 F.
Fin 1918 il n’y a pas de campagne sucrière, le matériel ayant été démonté mais les fermes sont toujours bénéficiaires.


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CONCLUSIONS

En conclusion, voici des passages extraits du « Journal de guerre d'une française », paru en 1938 mais rédigé à partir des cahiers de souvenirs qu'elle remplissait quotidiennement durant la guerre.
Octobre 1914 : « Je ne connais rien aux affaires, je suis peureuse, je n'ai jamais eu à déployer autant d'énergie, la vie m'ayant été douce. »
Octobre 1915 : Lorsque son père lui apporte la deuxième lettre de félicitations, elle répond à celui-ci qui s'étonne du peu d'effet ressenti : «Je ne souhaite que le retour de mon mari, de tous les miens et redevenir mère et femme d'intérieur. »
Février 1917 : « J'ai acquis en quelque sorte une « personnalité » mais est-ce que cela plaira à Gaston ? Quand il sera là, on tâchera de perdre cette personnalité. Mais ce sera plus difficile à démolir qu'à construire. »
Toujours en 1917 : « Il faudra bien, après la guerre, que « ces Messieurs » conviennent que les femmes peuvent et savent se rendre utiles. »
En septembre 1918, au retour de l'exode, elle réussit à faire la moisson, à déblayer plâtres et démolitions et s’est remise, dit-elle, au ravitaillement, finances, travail et agriculture.
« Ah, chers Messieurs, entre nous, après la guerre, ne nous chantez plus que vous avez le monopole de la force morale et du courage. »



Malgré plusieurs espoirs de rapatriement sanitaire par la Suisse, M. Benoît ne rentre qu'après l'armistice. Il reprend ses fonctions et sera rétabli dans toutes ses prérogatives, lors de l'assemblée générale de février 1919.
Mme Benoit rentre dans l'ombre à 38 ans. Soutien indéfectible de son mari, elle se consacrera à sa vie familiale et à ses drames ainsi qu'à ses activités sociales et religieuses.
Et 33 ans plus tard, au décès de son gendre Jean Valette, qui avait succédé à son mari, aucun autre héritier ou membre de l’entourage n'ayant atteint l’âge ou la formation nécessaire, elle accepte en 1951 la proposition du C.A. de reprendre le harnais à 71 ans.
Elle ressort définitivement de cette ombre et devient officiellement Directrice générale de la Sucrerie.

En 1951, lorsque son gendre Jean Valette, qui dirigeait entreprise depuis 1947, décède, le Conseil d’administration lui demande de diriger à nouveau la sucrerie.
Marguerite est alors âgée de 71 ans. Au coeur des Trente Glorieuses où émergent les grands groupes internationaux, Marguerite s’évertue à conserver un caractère familial à la sucrerie, qu’elle dirige jusqu’à sa fermeture en 1969.

Elle s'évertue à conserver un caractère familial à la sucrerie jusqu'à la fermeture en 1969. Elle initie la Société Agricole de Francières, nouvelle orientation du site privé de son versant industriel".

http://france3-regions.francetvinfo.fr/picardie/histoire-14-18-il-y-cent-ans-marguerite-benoit-la-dame-du-sucre-778989.html


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Jean VALETTE :

Jean VALETTE entreprenant, moderne, doué, incarnait le type dedirigeant jeune, capable de faire face à l'évolution de ce monde de l'industrie sucrière qui s'amorçait. La disparition de Gaston Benoit le laissait apparemment seul aux commandes.
Mais les blocages de son conseil d'administration, sa disparition précoce, font de cette période celle d'un espoir déçu et des occasions ratées.

Jeune et novateur, il s'accomoda fort bien des innovations que l'après-guerre avait introduites dans l'usine : comité d'entreprise en 1945 et syndicat CGT-FO dès mars 1947.

Homme de dialogue, il utilisa à plein ces courroies de transmission. Amélioration des salaires, classification des postes, amélioration de la couverture sociale, instauration de la retraite à soixante-cinq ans financée par la Caisse Vieillesse de la SS, l'AGRR (retraite par répartition) et retraite complémentaire par la Caisse Chirurgicale et Médicale de l'Oise datent de cette période.
Sans compter les améliorations pratiques : réfectoires, lavabos, douches ouvertes au personnel et à leurs familles.
Les cadres, ingénieurs, chimiste, contremaîtres, étaient en contact constant avec les ouvriers et Monsieur Valette, présent lui aussi en permanence dans l'usine. Respecté et non distant avec le personnel dont il connaissait les membres individuellement.
Dès 1946, il avait poussé au remplacement de la traction animale des charrois par l'utilisation de tracteurs et de camions. Il avait également compris la nécessité d'une extension de l'usine et émis l'idée de la raser pour en constituer une plus moderne, capable d'absorber d'autres usines proches. Mais il n'était pas maître du financement et son conseil d'administration était trop timoré.


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Les obsèques de M. Jean Valette, maire de Francières

Samedi matin, au milieu d'une très nombreuse assistance ont été célébrées à Compiègne les obsèques de M. Jean Valette, maire de Francières, directeur général de la Sucrerie et Distillerie de Francières.
Après un office religieux célébré en l'église Saint-Antoine, un long cortège se forma pour se rendre au cimetière du Nord où avait lieu l'inhumation.
Devant le corbillard qui disparaissait sous les gerbes et les couronnes et dont les cordons du poêle étaient tenus par MM. Lanoin, Becquet, Chambon, Tellier, Leblond et Vanoux, les délégations des diverses sociétés, dont le défunt était président ou membre ouvraient la marche, puis derrière le char funèbre, suivait, la famille et le conseil municipal de Francières.
M Blanchard, sous-préfet de Compiègne, précédait des conseillers municipaux, des maires et des conseillers municipaux de l'arrondissement, puis se succédaient les enfants des écoles, les sapeurs-pompiers de Francières, Estrées-Saint-Denis et Moyvillers, les sociétés sportives des trois communes, enfin une foule d'amis et de personnalités venus rendre un dernier hommage au disparu.
Au cimetière, d'émouvantes allocutions retracèrent l'activité et la belle carrière de M. Jean Valette, tandis qu'au nom de M. le Préfet de l'Oise, M. Blanchard s'exprima en ces termes :
«J'ai, aujourd'hui, un douloureux devoir à remplir, celui d'adresser un dernier adieu, au nom de M. le Préfet de l'Oise empêché et en celui de 1'Administration préfectorale tout entière, à M. Jean Valette, Maire de Francières, président du Conseil d'administration, directeur général de la Société anonyme des Sucreries et Distillerie de Francières, enlevé prématurément à l'affection des siens.
À ce douloureux devoir s'ajoute un regret vif et sincère, celui de ne pas avoir eu l'honneur de connaître cet homme éminent que nous pleurons aujourd'hui et dont j'avais entendu dire le plus grand bien, dès mon arrivée à Compiègne.
M.Valette occupe, en 1930, à l'âge de 29 ans, les fonctions de Directeur de la Sucrerie de Francières. Jusqu'en 1947, de par sa formation d’ingénieur, il s'attache tout particulièrement aux problèmes techniques et notamment à celui de la modernisation de l'usine.
Son intelligence vive lui a permis, très tôt, de mesurer toute l'importance de cette question.
Parallèlement, ses efforts se portent sur les fermes annexées à la Sucrerie et le Gouvernement tient à reconnaître les services, qu'il a rendus à l'Agriculture en le faisant, en 1946, chevalier du Mérite agricole.


En 1947, à la mort de M. Benoit, son beau-père, il dirige effectivement l'ensemble de la Sucrerie.
À la même époque, il entre dans la vie publique comme conseiller municipal de la commune de Francières dont M. Benoit avait été Maire pendant 33 ans, de 1912 à 1945.
La sympathie qu'il inspire, sa valeur incontestée, lui valent d'être désigné en octobre 1947, par ses collègues pour occuper les fonctions de Maire.
Dès lors, l'industriel et l'homme public se confondent pour le plus grand bien de la collectivité.
En 1948, il réorganise la Compagnie des sapeurs-pompiers, les hommes perçoivent un nouvel uniforme et sont dotés d'un matériel à l'échelle des besoins éventuels.
Animateur de Sociétés locales, il assure, bénévolement, le transport des Anciens Combattants, des Pompiers, à l'occasion de leurs manifestations, et subventionne leurs caisses.
En 1951, il crée une colonie de vacances à laquelle peuvent être admis les enfants des ouvriers de la Sucrerie et ceux de la commune dont les parents ne travaillent pas à l'usine.
Il achète et fait distribuer des trousseaux aux enfants indigents.
Chaque année, il offre un voyage aux lauréats du certificat d'études et à leurs maîtres.
Son personnel, enfin, fait l'objet de sa constante sollicitude.
Cette énumération, bien qu'incomplète, constitue cependant le témoignage du dynamisme, de la bonté, du sens de l'humain, de celui que nous pleurons aujourd'hui. M. Valette était, non seulement estimé de son personnel et de ses administrés, il était aussi aimé de tous. Il s'est éteint assuré d'avoir mérité la profonde affection des siens et la reconnaissance unanime de ses amis. De tels sentiments ne naissent pas spontanément. Ils n'ont pu prendre corps et se développer que parce que M. Valette a été capable de les inspirer en réussissant ce qui n'est qu'à la portée des êtres supérieurs : Allier les qualités du cœur à celles de l'esprit.
Le chef de l'arrondissement tient à redire que M. Valette apportait, dans la conduite des affaires municipales, la conscience, l'intelligence et le même désintéressement que ceux dont il faisait preuve dans son activité professionnelle.
L'Administration préfectorale s'incline, aujourd'hui, devant la tombe de cet homme de bien et de grande valeur avec le sentiment d'éprouver une perte irréparable.

Puisse, ce témoignage d'estime, respect et d'affection, vous apporter, Madame, Mademoiselle, et à vous tous, Mesdames et Messieurs, un apaisement à votre immense chagrin.»

In, la Semaine de l'Oise, 03/01/1952


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Autres personnalités :
Monsieur BAUDRY, chimiste en1895
Monsieur BEAUFILS, chimiste en 1899
Monsieur Edmond BEAUFILS, chimiste en 1930, 1939
Monsieur Jean BEAUFILS, contremaître, poste le plus élevé parmi les cadres, DCD en 1959
Monsieur James FOURNIER, chimiste en 1956 et responsable de la fabrication (1959 - 1954 ?)
Monsieur Pierre LERIOT, chimiste en 1964
Monsieur DELPEUCH, président en 1930


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