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La Chapelle de la sucrerie

Les bénévoles de l’Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières, après avoir reconstitué la salle de classe, ont procédé de 2006 à 2009 à la restauration de la chapelle.

Ces deux lieux sont significatifs de la vie en collectivité dans nos petites sucreries de campagne avec une étroite imbrication entre le travail industriel et la vie sociale.

Cette chapelle est située sur la cour d’honneur, à gauche de la cheminée, au cœur du bâtiment de fabrication entre l’ancien bureau du directeur M. Benoit et le local des turbines. Elle a remplacé un ancien bureau de comptable.

Elle a été édifiée à la phase de la guerre 14-18,une chapelle provisoire ayant existé durant celle-ci en raison des nombreux soldats installés à la sucrerie, sans parler des blessés et des malades. Des aumôniers militaires de passage y célébraient les offices.
C’est Mme Benoît qui en a eu l’initiative. C’était pour elle un oratoire privé où elle allait se recueillir tous les soirs mais destinée aux habitants du hameau, éloignés de 3 km de l’église du village.

Mais elle se rattache très clairement à la tradition du catholicisme social, avec un paternalisme fort : le patron prend en charge les aspects de la vie privée des ouvriers sur un plan économique, sur celui des loisirs, de l’encadrement des enfants avec l’école et les colonies de vacances- mais aussi sur un plan religieux.

Elle a été consacrée sous le nom de l’Immaculée Conception et peinte en bleu marial. Les curés Paul Villette et François-Marie Le Pevedic de Francières puis le curé de Gournay sur Aronde, Ronvel, s’y sont succédés jusqu’au décès de ce dernier en 1964. Il semble qu’il n’y eut plus de messe après cette date, sauf quelques-unes par l’abbé Froment d’Estrées.
Cette messe était célébrée tous les mardis matin, « messe basse », sans prône.
A noter que le bruit des turbines situées derrière, perturbait la cérémonie et après 1945 l’audition de l’harmonium nouvellement installé, durant la campagne sucrière.

Jusqu’à la fermeture de l’école en 1971, Mme Benoît puis sa fille Mme Valette, enseignaient le catéchisme dans la chapelle et à 18 heures avait lieu « le salut ».

A part cette messe hebdomadaire, quelques messes de minuit, voire une seule, ont eu lieu à Noël pendant la guerre. A l’époque, en raison du couvre-feu, celles-ci étaient interdites en zone occupée.

Des bâches masquaient la façade vitrée. La chapelle étant trop petite, l’assistance venue de l’usine et du hameau attendait dans la nuit à l’extérieur et l’abbé Le Pevedic sortait lui présenter l’ostensoir. Ces nuits-là, il y eut un sermon. La crèche était installée au fond à gauche du cœur.

Il n’y eut jamais de célébrations de mariage, baptême, enterrement ni de communion solennelle. Celles-ci étaient célébrées à l’église du village.

Par contre avaient lieu sur place pour les enfants du catéchisme, la première communion privée.

La rénovation


Vestiges de la chapelle. 2001.

L'autel tel qu'il se présentait en 1993. Collection J.P. Bricout

En janvier 1969, l’activité industrielle cessa, l’école ferma en 1971, Mme Benoît décéda en 1972. La chapelle cessa d’être consacrée, son mobilier et les objets cultuels ont disparu.

A côté du patrimoine architectural, de l’histoire sociale et industrielle, c’est aussi pour garder en mémoire ce lieu de vie partagée et quasi familial, qui fut aussi un lieu de prière, cet état d’esprit d’entraide et de solidarité de la sucrerie que le propriétaire et l’association ont décidé de la restaurer.
Ce sont là pour beaucoup d’anciens, leurs racines.

Pour cette entreprise, la société agricole propriétaire a procédé à la réfection totale du plafond et du sol et fourni les matériaux aux bénévoles dirigés par M. Besson : façade, grilles, isolation, murs, peinture, électricité, boiseries…

Pour sa reconstitution intérieure, le président a fait appel au souvenir des anciens, aux traces laissées sur les murs par les emplacements des tablettes, tableaux, lampes. Seul l’autel délabré avait survécu.

Il a fallu là aussi trois années pour retrouver les six statues « St Sulpice », un chemin de croix « fabriqué » à partir de celui de l’église d’Hémévillers, harmonium, bannières, objets de culte, sièges, par achats en brocante, dons divers, internet etc.

A noter que les deux statues du chœur, la Vierge et Saint-Joseph, sont un dépôt du musée Vivenel de Compiègne ;

Avant 1940, la nef était occupée par des bancs avec agenouilloir.
Après 1940, que par des chaises.


Une vue de l'Autel restauré

Vue en direction de la sortie

 

QUELQUES ANECDOTES

En dehors de cette chapelle, des cérémonies religieuses réunissaient population et direction. Un autel sous un dais était installé au pied de la cheminée.


La Vierge de Boulogne y fit une station en 1947. Une messe avait lieu en début de campagne. Une autre lors des communions privées.


Parmi les processions, citons celles de la Fête-Dieu.
Avant la guerre, on installait cinq reposoirs : le premier, dans la cour du petit jardin patronal près de la rue ; le deuxième auprès de la cheminée ; le troisième en face des logements Sud, de l’autre côté de la rue ; le quatrième dans les maisons du Nord ; le cinquième derrière la bouverie, réservé aux saisonniers polonais.
Après 1940, les reposoirs étaient tous dressés dans la cour de l’usine coté Est.

Le rituel des enfants de chœur
Deux enfants de chœur, les ancêtres des « servants d’autel », avec leur robe rouge, leur surplis blanc bordé de dentelle et leur calotte rouge, étaient nommés par Mme Benoît et le curé.
La messe matinale se terminait en principe avant l’heure d’ouverture de la classe mais l’inspection d’Académie demandait à l’institutrice d’être tolérante envers le retard des élèves-enfants de chœur.
Ceux-ci allumaient les six cierges de l’autel et les cierges posés sur les tablettes des six statues de la nef. Puis ils attendaient, assis sur les chaises à l’entrée de la nef à gauche, l’arrivée du curé qui se préparait dans le logement patronal.
L’institutrice assistait par politesse ou par déférence, à la première messe d’octobre.
Au fil des générations, étaient donc nommés le premier enfant de chœur, celui qui prenait place à gauche de l’autel, du côté de l’Évangile, devant la statue de la Vierge. Le deuxième été placé à droite durant la célébration, face à l’autre statue, celle de Saint-Joseph.
Au départ du premier, le deuxième prenait sa place et était lui-même remplacé par un nouveau. Durant la période 1940-45, le « chef » recevait une pièce de deux francs et son second, un franc. Nous ignorons les tarifs des autres périodes !
A la fin de l’Office, après le départ du prêtre, ils éteignaient les 12 cierges avec un éteignoir à long manche et après s’être dévêtus dans une armoire à l’entrée du chœur à droite, ils se rendait dans le logis patronal pour un copieux petit déjeuner, café au lait ou chocolat, tartines et viennoiseries, dans l’office, servi par les domestiques patronaux.
Puis ils arrivaient en retard à l’école….

 


 

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