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Le déclin, la fermeture. Qu'est devenu le site ?
La disparition de Monsieur Valette et la reprise de la direction par Madame Benoit âgée de 72 ans va marquer le début du déclin inéluctable de la sucrerie. Madame Benoit sera secondée par deux de ses filles Madame Valette, veuve de Monsieur Valette et Françoise Benoit appelée "France".
Méthodes et ambiance vont changer. Le système de direction fonctionne en vase clos avec les trois femmes qui exercent une surveillance minutieuse et tâtillonne, ignorent davantage l'organisation syndicale et la hiérarchie des cadres intermédiaires, souvent court-circuitée.
D'ailleurs, ceux-ci sont peu tentés de rester à Francières et cherchent rapidement un emploi d'avenir dans une fabrique plus importante et plus moderne.
Madame Benoit ne peut trouver un manager responsable et performant.
Elle fait installer, en 1952 un multiphone qui transmet dans tous les ateliers, appels et convocations. Mais surtout, en 1956, elle commet une erreur fatale : remplacer la diffusion datant de 1906, par une diffusion à vases, lourde financièrement. Ce système était déjà complètement obsolète du point de vue technique par rapport au système de diffusion en continu.
Dès cette date la sucrerie parait vouée à l'échec. Les conséquences prévisibles sont doubles : une productivité en accroissement insuffisant et une incapacité à attirer des responsables performants, à cause de la petite taille de l'entreprise et du matériel dépassé.

 

Les causes, les conséquences de ce déclin : 1951 - 1969

On comprend mieux que le choix d'installer cette diffusion à vases ne s'est pas fait dans une logique d'innovation technique, mais de préservation des acquis sociaux, puisque la diffusion en continu aurait certainement supprimé des emplois.
De plus, le nouveau chimiste engagé en 1956, rappelé en Algérie, ne pourra terminer le montage de la nouvelle diffusion. La seule solution aurait été sans doute une entente entre petites usines, pouvant aller jusqu'à la fusion et donc la fermeture de certaines d'entre elles. Mais cette stratégie a toujours été rejetée par la direction.

Déjà, début 1953 Madame Benoit évoquait dans ses cahiers intimes les difficultés financières de la sucrerie et notait qu'au mois d'avril, une rumeur de mise en vente courait dans l'usine.

 

 


Marguerite Lesage épouse Benoit - Collection J.P. Bricout

La fermeture

Au milieu des années soixante, la concentration des sucreries se précise, l'usine de Tricot fermera la première, Longueil-Sainte-Marie est menacée. Francières semble s'isoler dans une monde en pleine mutation.
Dans un premier temps, Madame Benoit ne veut pas entendre parler des propositions qui lui sont faites par le Syndicat betteravier de l'Oise, dont l'objectif est la restructuration des petites sucreries avant que la concurrence sauvage ne les emporte toutes.
En adhérant aux sociétés "Betteraves - Sucre", les agriculteurs s'engageaient à produire cinq ans, dix ans, en abandonnant un certain pourcentage de leurs gains sur chaque tonne de betteraves livrée. Sur l'assurance de cette garantie, le Crédit Agricole pouvait financer le rachat d'une sucrerie ou des quotas de sucreries, qui s'avérait nécessaire. Par le biais des sociétés "Betteraves/Sucre" les planteurs deviendront actionnaires de Berneuil et de Bresles.


Hangar et four à chaux vus de la distillerie 1930 - Cliché Joël Hiquebrant

Philippe Dumont, de Rouvillers, était alors un des animateurs de cette nouvelle politique. "Quand le bruit a couru que la direction de Francières cherchait à vendre son entreprise, j'ai fait venir le directeur général de la C.G.P.B. (Confédération Générale des Planteurs de Betteraves) pour qu'il nous donne une autorité morale, que nous ne semblions pas avoir aux yeux de Madame Benoit. Il fut parfaitement convaincant et, quelques semaines plus tard elle m'a téléphoné en me disant qu'elle était prête à nous céder sa propriété sur la sucrerie. Bien sûr, la fermeture de l'usine était liée à cette reprise. Puis, nous avons signé la cession et la sucrerie s'est arrêtée en 1969. La société "Betteraves/Sucre" a réparti la production sur plusieurs sucreries : une partie sur Monchy-Humières, une autre sur Berneuil et Chevrières.

Source : "La Sucrerie de Francières - Mémoires"

Chronique d'une mort annoncée.
Le bruit de cette vente courait depuis longtemps et Madame Valette avait réuni le personnel en mai 1968 sans préciser que la future campagne serait la dernière. Début 1969, on a commencé à démonter les machines comme à chaque fin de campagne, pour la révision générale. C'est à ce moment que Philippe Dumont a informé le personnel réuni dans la cour d'honneur.
La direction a essayé de reclasser et de conseiller le maximum, environ 80 permanents à cette époque : soit en les plaçant dans les fermes, soit en les recommandant auprès d'autres employeurs.
Mais le reclassement dans les sucreries encore en fonctionnement a été souvent un échec : peu de places disponibles et surtout désarroi des candidats retenus devant un matériel beaucoup plus moderne et dans une ambiance impersonnelle et de gigantisme. Il a fallu chercher des emplois différents et plus lointains ce qui a fait sortir Francières de son isolement.
On a vu se développer les achats de mobylettes puis de voitures, se créer des liaisons par autocars.
Durant ce temps, Madame Benoit est restée dans ses logements patronaux au milieu d'une usine fermée où elle demeurait avec sa fille Françoise. L'autre appartement, celui de Jean Valette est resté fermé depuis le décès de son épouse en 1968. Leurs enfants Bricout demeurant dans une autre maison de l'autre côté de la Nationale.
Depuis 1965, Madame Benoit avait "perdu" la mairie. Le hameau va se dépeupler, et l'école fermer. En 1971, l'usine est totalement vidée. En octobre, les archives sont déménagées à la ferme.
Madame Benoit décède en mars 1972 dans son appartement à l'âge de 92 ans. Après son décès, sa fille déménage et la sucrerie est désormais déserte.



Qu'est devenu le site après la fermeture ?



Dégradations, vandalisme, mais structures toujours présentes.
Cliché M. Varoqueaux - 08/1984


La salle de lavage - Cliché Joël Hiquebrant 2002

Dans le cadre de la vente intervenue en 1969 (cf. le chapitre "Fermeture"), c'est en somme le "fonds de commerce" de l'usine qui a été vendu et transféré. Le matériel a été vendu pour une petite part, ferraillé pour l'essentiel.
La Société de la Sucrerie et Distillerie de Francières "S.D.F.", s'est transformée en S.A.F. Société Agricole de Francières, qui a continué à exploiter terres et fermes.

Elle a conservé la propriété foncière des terrains et bâtiments vides de la fabrique. Actuellement, 1/3 de la surface bâtie est utilisé à usage agricole, magasins de stockage et garage de matériels, soit dans les bâtiments périphériques rénovés, soit dans des constructions neuves.

(voir plus bas)


La propriété actuelle : régime juridique ou patrimonial de la Sucrerie.
La sucrerie appartient à la S.A.F. (Société Agricole de Francières).
La S.A.F. est la continuation de la S.D.F. (Sucrerie et Distillerie de Francières) et en a gardé les fermes, terres agricoles et bâtiments divers. Elle utilise la partie périphérique du site de la sucrerie et contribue à sa réhabilitation. Elle y a construit de nouveaux bâtiments à usage agricole.

Le Directeur actuel :
Le Directeur Général est M. Jean Pierre Bricout, descendant des industriels sucriers du XIX° siècle.

Il peut être contacté à l'adresse de la S.A.F. la même que l'Association de sauvegarde :
43 rue du Bout du Monde 60 190 Francières Tél. 03 44 91 61 09
En particulier pour les demandes de visites de l'espace extérieur à la sucrerie proprement dite !

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