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HISTOIRE DE L’EVOLUTION
DE LA BETTERAVE SUCRIERE
ET DE SON EXPLOITATION



Cette histoire est longue. Il faudrait rappeler sa concurrence avec celle du sucre de canne colonial, le blocus continental sous Napoléon qui a créé le début de cette culture en France, les mesures législatives et fiscales freinant ou accélérant son développement, la concurrence avec l’Allemagne dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les conflits d’intérêts avec les planteurs, la rivalité entre sucriers et distillateurs. Pour obtenir du sucre, il faut d’abord de bonnes betteraves et de bonnes semences, savoir la cultiver et la soigner !

De la famille des « chénopodées », la betterave, annuelle jadis à l’état sauvage, est devenue bisannuelle sous l’influence de la culture, du climat, de la sélection etc., c’est-à-dire en ne donnant de graines que la deuxième année. Ce qu’on appelle la racine est en fait un renflement de la tige.

Il existe de multiples variétés de betterave sucrière (en plus de la betterave fourragère blanche qui en est l’origine et de celles destinées de préférence à la distillerie). Déjà Delessert, dit Michaux, n’employait que les betteraves jaunes « ni les blanches, ni les roses, ni les cerclées de rose, ni les parisiennes».
Elles proviennent par sélections et croisements de la betterave blanche de Silésie, celle utilisée au début de cette industrie.

Les betteraves françaises se sont donc diversifiées en blanches à collet rose, en Brabant à collet vert, en demi sucrières à collet gris, en « améliorée » de Vilmorin, en « française riche » de Fouquier d’Herouel, puis encore de nombreuses variétés.
Celles-ci sont utilisées en fonction de leur teneur en saccharose mais aussi en fonction de leur rendement, de leur conservation, selon les climats et les sols de l’exploitant. Actuellement, la petite vingtaine de variétés est identifiée par une coloration artificielle différente des semences.
- En 1812, la blanche de Silésie donnait trois kilos de sucre par tonne de betteraves.
- En 1822, après amélioration génétique, on obtenait 30 kilos de sucre. En 1990, 150 kilos.

Quelques dates de cette évolution :
- 1788 : l’abbé de Commerel introduit en France la betterave commune dite racine de disette.
- 1812 puis 1850 : travaux de Louis de Vilmorin par sélection généalogique.
- 1890 : Fouquier d’Herouel fait passer la teneur en saccharose de 6 à plus de 20 %.
- de 1900 à 1940 : on croise famille et lignées.
- 1935 : apparition des betteraves polyploïdes à 36 chromosomes au lieu des diploïdes à 18 chromosomes.
- de 1960 à 1965 : développement des betteraves polyploïdes.
- 1985 : variétés résistantes à la rhizomanie (maladie apparue en 72-77).
Actuellement, on utilise des variétés hybrides à partir d’une souche de départ mono germe et d’une deuxième souche multi germe qui donne une variété hybride, diploïde ou tétraploïde.

LES SEMENCES.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les semences provenaient d’Allemagne et le premier semencier français fut François Gorain qui publia en 1886 et 1894.
Il y eut ensuite les Legras, Simon, Menesson, Say…
Les deux procédés actuels de production de semences sont :
- la culture de betteraves portes- germes (culture repiquée), 1 ha de pépinière donnant de 10 à 15 ha de cultures de portes germes.
- la culture en semi directe depuis 1970 moins onéreuses, pour les seules exploitations familiales.
Les progrès ne sont pas terminés.

En juin 2009, un des grands semenciers français déclarait dans le Courrier Picard : « Nous travaillons à rendre la betterave plus compétitive pour concurrencer la canne à sucre et arriver à un rendement de 100 t de betteraves à l’hectare dans les cinq ans à venir au lieu des 85 à 90 t actuelles. Nous créons des semences tolérantes au nématode, résistantes à la rhizomatose et à la circosporiose et adaptées aux conditions climatiques de la Picardie ».

En 2010, pour réduire le temps de stockage et sa perte de sucre, on étudie des variétés « mûres » dès septembre en étendant la durée de la campagne.
Actuellement, les planteurs achètent souvent leurs semences auprès de la sucrerie qu’ils fournissent.

LA CULTURE DE LA BETTERAVE
Elle entraîne au 19e siècle une modification du paysage avec dans plusieurs régions de l’Oise une déforestation pour augmenter les surfaces cultivables et le remplacement des jachères par cette culture. Elle entraîne aussi un bouleversement social avec l’emploi hivernal des ouvriers agricoles, la mutation de beaucoup en ouvriers d’usines, un accroissement de revenus des fermes qui multiplièrent au début de multiples petites fabriques artisanales puis, plus tard, le rachat de terre et de petites exploitations par les sucreries devenues plus importantes et assurant en grande partie leur propre production betterave.
Parallèlement aux progrès des techniques industrielles et de l’amélioration de la qualité des betteraves, toute une évolution de la culture avec une mécanisation croissante a eu lieu jusqu’à ce jour.
Assf-charrue

Il a fallu (cela est valable pour l’ensemble de l’agriculture) dit M. Sterlin « abandonner l’araire pour le brabant (avec deux roues puis talon-contre et rasette puis un second déversoir permettant de rejeter aussi la terre à gauche) permettant un sillon plus profond et une terre plus travaillée. » Et remplacer les semailles à la main par des semoirs à ergots sur trois puis six rangs.

Apprendre vers 1830 à ne pas couper trop tôt les feuilles des betteraves. Apprendre les engrais.
Si on ne connaissait au début du XIXe siècle que le fumier et la chaux, au milieu du siècle sont apparus le crude-ammoniac (sous-produit du gaz d’éclairage) puis les engrais azotés, les désherbants supprimant le pénible binage, les insecticides et fongicides…
Assf-bineuse
La mécanisation se poursuivit avec l’apparition au début du XXe siècle de machines à vapeur et de locotracteurs qui tiraient les engins aratoires par câble d’un bout à l’autre des champs. Puis les tracteurs à partir de 1918, puis les camions qui remplaceront la traction animale. Pour finir actuellement par les « machines intégrales ».
Après 150 ans de travail de la terre dans la boue et la pluie, sans bottes de caoutchouc, le planteur actuellement n’a presque plus besoin de descendre de sa machine.


Voici le travail de la terre par les ouvriers agricoles de 1812 à la moitié du XXe siècle.
« Jadis » après labour et hersage de la terre :
- en avril : les graines étaient semées en ligne à la main avant l’apparition des semoirs. Puis les graines furent humidifiées préalablement. Ensuite passage du rouleau.
- suivait le « démariage » à 1-2 cm de diamètre de la racine. Car ce que l’on appelle la « graine »est en fait une fleur contenant plusieurs semences.
Arrachage du surnombre pour espacer les plans et repiquages là où les grains avaient avorté.
- plusieurs sarclages ou binages à la houe suivent durant la pousse. «On ne fait jamais assez de binages ».
- l’arrachage se faisait quand les feuilles commencent à faner, avec une petite fourche à deux dents.
- ensuite on « étêtait » la tête portant les feuilles au couteau ou avec une petite bêche. C’est ce qu’on appelait « le décolletage ».
- les betteraves étaient ramassées en tas recouverts de feuilles ou mises en silos, recouverts de terre.
- au début de la campagne, le chargement se faisait à la fourche dans les tombereaux et les transports à la sucrerie avec des brouettes.

Travail harassant, par tout temps, le corps plié en deux.

« Dans ce temps du grand temps d’avant
On travaillait
Genoux en terre
Les pieds dans l’eau
Des huit-dix heures
Parfois des seize en grande saison
Même sous la lune… »


Paroles de Betteraves


QUELQUES DATES DE CETTE EVOLUTION

Parallèlement à l’évolution de la technologie dans les fabriques et à l’amélioration progressive des variétés de betteraves et des semences, il y eut l’apparition de la mécanisation agricole.
Ces progrès de l’agriculture sont redevables au début du XIXe siècle par les découvertes des fermes expérimentales avec enseignement agricole comme celle de Mathieu de Dombasle (1777-1843) qui préconise à la charrue et le chaulage.
1830 : on apprend à ne pas couper les feuilles des betteraves avant le flétrissage
1876 : début de la mécanisation agricole.
1884 : l’impôt sur les fabricants n’est plus basé sur la quantité de sucre produite mais sur le rendement en sucre de la betterave. Il impose un effort aux planteurs en plus des fabricants.
1886 : procédé Steffen. Azote et phosphates. Labours et binages profonds.
La betterave remplace la jachère. La pulpe de betterave est donnée au bétail.
1890 : apparition des chemins de fer locaux avec voies de 60 Decauville tirés par des chevaux ou des bœufs au début puis par locomotive.
1895 : installation de bascules au plus près des producteurs et dans les gares à partir de 1900.

1910 : prototype d’arracheuse.
1924 : arracheuse de type combiné mais rencontrant peu de succès.
1936 : l’arrachage mécanique se développe.
1947 : démarrage des « chargeuses ».
1955 : arracheuses auto-motrices.
1958 : apparition de semeuses et arracheuses permettant des « chantiers » décomposés à trois puis six rangs.
1960 : variétés de betteraves polyploïdes et mono germes à une seule plantule, supprimant le pénible démariage.
1961 : mise en place du désherbage chimique et des herbicides, supprimant le binage.
1962 : les effeuilleuses remplacent les décolleteuses.
1964 : semoirs de précision. Ramasseuses chargeuses.
1965-1969 : insecticides.
1966 : arrivent les effeuilleuses chargeuses.
1967 : chantiers décomposés. Décolleteuses à râteau-cliqueur, arracheuses aligneuses, ramasseurs chargeurs puis naissance de l’ « intégrale » ;
1968 : apparition des « betteraves mauvaises herbes » et de la rhizomatose.
1976-1980 : fongicides.
1985-1986 : variétés tolérantes aux maladies précédentes.
Depuis, les engins agricoles se sont encore modernisés, de nouvelles maladies et parasitoses de la betterave apparaissent, contrebalancées par des variétés résistantes. Par ailleurs, on s’efforce de limiter l’usage des traitements par des diagnostics locaux précis.






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