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Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières


LA LETTRE DE LA SUCRERIE

N° 63 – OCTOBRE NOVEMBRE 2013

Dernières Nouvelles

LES JOURNÉES DU PATRIMOINE A FRANCIÈRES LES 14 ET 15 SEPTEMBRE 2013

A la sucrerie, les équipes s'étaient coordonnées pour accueillir le public à la sucrerie.

Planète Sciences Picardie proposait quatre mini conférences : Le patrimoine industriel- « les machines de la sucrerie » et « lecture architecturale du site » , « Histoire du sucre », « Vivre et travailler à la sucrerie, une histoire de famille ». Le film « Les gens du sucre » était projeté le 15 à 17H en présence de Delphine Moreau, réalisatrice . Mme et M. Bricout, propriétaires, ont fait visiter l'ensemble du site à partir de la ferme.

L''ASSF assurait les visites de la chapelle, de l'école ainsi que l'organisation du stationnement ;

822 visiteurs nous ont fait le plaisir de leur visite, avec toujours la joie d'échanger .

L'association Musiques en campagne accueillait à la salle communale de Francières une exposition de 30 de ces photos que Gérard Choquet, photographe amateur habitant Francières, a réalisées à la sucrerie avant travaux.

EN OCTOBRE :

* Pour la fête de la science - les 9,10 et 11 Octobre, ainsi que pour la semaine du goût (mi-octobre) - Planète Sciences Picardie accueillait le grand public.

* Le 18 Octobre, à Pont Sainte Maxence, dans le cadre "les saisons du cinéma ",  manifestation financée par le Conseil Général  et organisée par l'ACAP  de Picardie,  le documentaire "Les gens du sucre" a été projeté. L'ASSF a été sollicitée pour apporter des éléments d'exposition : nous avions présenté les moules à pain de sucre devant les affiches de fabrication des pains de sucre et du processus de fabrication du sucre ; sur un autre panneau étaient exposées quelques photos de Gérard Choquet. Le DVD du film « Les gens du sucre » est maintenant vendu à la sucrerie ou bien s'adresser à  ohlesfilms@gmail.com

Faites-le savoir - Visites à la sucrerie : scolaires et groupes sur rendez-vous - sucrerie.francieres@planete-sciences.org / 09 81 35 69 53 –Grand public : le premier week end de chaque mois 9H à 12 H - 14H à 18H

Une rentrée dynamique sur les projets ASSF 2013-2014 :
1) l' Association Interprofessionnelle de la Betterave et du Sucre – AIBS, vient de nous accorder une aide pour commencer la restauration du laboratoire de la sucrerie ; Pierre LERIBLE lance le groupe de travail pour écrire les spécifications de « la restauration du laboratoire des années 50 » les chantiers « fenêtres » et « électricité » vont pouvoir commencer. Des dons complémentaires sont les bienvenus !

2) Les bénévoles se mobilisent pour déménager les diverses collections dans le local ASSF, puis répertorier et classer tout cela - les armoires les attendent - ! les volontaires sont les bienvenus ; suivez-nous sur le site .

Vie de l'association : les reçus fiscaux relatifs à la cotisation versée en 2013, seront adressés en début d'année 2014. Rappel : par décision de l'AG la cotisation, inchangée depuis plusieurs années, passe à 15 € pour 2014 -10€ pour les habitants de Francières.

Renouvelez votre adhésion à l'ASSF ;
votre règlement 15 Euros minimum -10 euros pour les habitants de Francières –
est à adresser au Siège Social : 43 rue du Bout du Monde 60190 Francières
http://sucrerie-francieres.pagesperso-orange.fr/
contact.sucrerie@gmail.com


ESSAI DE RESUME DE L’EVOLUTION DES TECHNIQUES

D’EXTRACTION DU SUCRE DE BETTERAVE (extraits) SUITE

par Michel Varoqueaux

ERRATUM LETTRE N° 62

Une phrase a été omise, compromettant l'exactitude du propos ; il fallait lire après le § "pour enlever les impuretés " après la 2è carbonatation, on filtre sur des toiles ou des poches en toile pour éliminer les boues très fines formées en carbonatation et afin d 'obtenir un jus parfaitement clair ( c'est un process mécanique ) ....." Toutes nos excuses à notre rédacteur ainsi qu'à nos lecteurs.

Nous évoquions les travaux des précurseurs allemands Margraff et Achard .

Les savants français vers 1800 reprirent ces travaux en laboratoire, (dont Chaptal, Vauquelin, Deyeux.) mais estimaient le coût d’un kilo de sucre produit à 1,80 F alors qu’Achard n’arrivait qu’à 0,60 F et n’obtenaient qu’un sucre toujours chargé en impuretés, la « moscouade », impropre à la consommation.

1810 : Deyeux et Barruel, toujours en essais artisanaux, obtinrent une moscouade améliorée en partant des betteraves crues, répétant écumages et filtrations et en coagulant l’albumine en faisant bouillir le jus.

Cette moscouade fut raffinée par Allard et ce sont les deux premiers pains de sucre présentés à l’Institut en novembre 1810, sucre toujours impur, et offerts à Napoléon par Mgr de Montalivet.

C’est également en 1810 qu’est apparu l’utilisation du noir animal (os calcinés et broyés) pour blanchir le sucre avec Figuier et Derosne. (Utilisation poursuivie jusque vers 1884, remplacée par un filtrage sur des tissus de coton pour éclaircir le jus, avant l’utilisation actuelle des résines synthétiques).

En 1811, Derosne introduit un excès de chaux et le sature avec de l’acide sulfurique (à partir d’alun) et du sang de bœuf (là aussi certaines usines s’en serviront jusqu’en 1885) pour coaguler les impuretés. Il présente à son tour ce sucre à la Société d’Encouragement.

Dans cette période 1811-1812, de nombreux chercheurs ont travaillé comme Descotils qui déféquait à la chaux puis à l’alcool.

Durant ce temps, Benjamin Delessert avait fondé en 1801 une raffinerie à Passy et tenté lui aussi (surtout à partir de 1807) d’obtenir du sucre de betterave. (Il y installa une machine à vapeur). Il utilisa le procédé de son employé Bonmartin de sulfurisation après le lait de chaux, le blanchiment par terrage.

Aidé par son autre employé JB. Queruel qui trouva l’idée de raffiner en dissolvant à 30° dans des chaudières chauffées à la vapeur et en ajoutant ensuite le noir animal de Figuier avant collage et clarification. Ils obtinrent au bout de quatre années d’essais des pains revenant à six sous la livre dont ils présentèrent les deux premiers à Napoléon début janvier 1812. (L’un fut offert à Napoléon, l’autre au sénateur Chaptal, un des deux existe toujours).

Ce sucre avait malgré tout toujours une certaine amertume que supportaient les Allemands…mais pas les Français

Arrive la timide reprise autour des années 1820. La technique est à peu près codifiée jusqu’à l’apparition de la diffusion à partir de 1864.

Les betteraves sont raclées, les petites racines coupées, puis lavées dans un cylindre horizontal en bois incliné et rempli d’eau, tourné à la main ( 10-15 tours-minute). Elles sont ensuite râpées avec la force animale, un manège entraîné par des bœufs ou des chevaux. On se sert de la râpe Pichon puis Thierry, des tambours tournant à 600-800 tours-minute.

Un homme presse les rabots sur les betteraves qui sont jetées une à une par deux enfants. Cette râpure est ensuite pressée (sur la toile sans fin d’une presse à cylindre), là aussi mues à la main ou par le manège .

(On expliquait à cette époque qu’utiliser des bœufs ou des vaches pour actionner laveur, râpes, presses, pompes, tire-sacs etc., augmentait la masse musculaire des animaux, donnait davantage de lait et, étant nourris avec la pulpe de betterave, cette opération était « blanche ». 24 animaux permettaient un manège de six bêtes travaillant six heures et suffisants pour une usine traitant 5000 t de betteraves par campagne).

Ensuite, le jus obtenu est clarifié à l’acide sulfurique et à la chaux puis filtré et recueilli dans des « bâtardes ». (Plus tard on donnera ce nom aux réservoirs plats après la cuite et avant le turbinage.)

Dans ces bâtardes ou amplis, le jus est concentré à l’air libre dans des plateaux chauffés à 25-30° et s’évapore en plusieurs semaines. On surveille l’apparition des premiers cristaux et on remue la pâte en permanence. A la fin, on verse le produit dans des formes coniques en terre à la pointe perforée pour laisser sortir la mélasse. Il reste encore plusieurs semaines dans cette « purgerie »avant d’être démoulé puis mis à sécher dans des locaux ventilés.

Ces fabriques primitives étaient souvent adjointes à une ferme.

Le manège emmenant la force tout en haut nécessitait un bâtiment de 4-5 mètres de hauteur où se trouvaient les râpes. Puis le produit descendait «  en escalier » par gravitation dans successivement la chaudière à déféquer, les filtres, les chaudières plates à évaporer, de nouveau un filtre, les chaudières à cuire, enfin le rafraîchisseur avant la mise en « formes ». Toutes ces « chaudières » étaient des « fours à feu nu », ouverts et chauffés au bois, un « feu » par usage.

Très vite, à la fin de la décennie, les machines à vapeur se généralisèrent, d’abord pour la force mécanique (montée des betteraves, puis actionnèrent les râpes et tambours), plus tard en utilisant la vapeur pour chauffer et cuire à la place des « feux ». Bien que durant longtemps de petites exploitations essaieront de survivre jusqu’en 1850.

Le chauffage à la vapeur économise le combustible et la main-d’œuvre car un seul fourneau pour le chauffage d’une chaudière permet de répartir la vapeur pour les différentes utilisations de la chaleur. Par contre il est plus cher à installer et beaucoup de fabriques, outre la force, ne l’utiliseront encore que pour cuire, c’est-à-dire la dernière évaporation. Les autres, utiliseront ce chauffage pour déféquer, clarifier, évaporer etc. avec un seul générateur et parfois un deuxième pour la force mécanique. A cette époque, le charbon commence à remplacer le bois dans les générateurs (bien que là aussi le bois ait survécu dans de petites unités).

En 1831, voici un devis annuel résumé pour une fabrique traitant 500 t de betteraves :

(paru dans un ouvrage, curieusement à la fin de cette période disons primitive)

Dépenses :

Betteraves, main-d’œuvre ( 18 hommes,cinq femmes,quatre enfants)

Combustible (bois), charbon animal, bœufs (pour la montée des betteraves et les râpes

Chaux, sang de bœuf et Eclairage, intérêt des capitaux, entretien, magasinement, loyers des bâtiments Total = 22 405 F

Production moyenne : 25 t de sucre dont 18 t de première qualité et Mélasse et résidus pour l’agriculture Total = 37 800 F Soit un bénéfice de 14 399 F.

En sus, l’amendement des terres et la récupération d’engrais avec les sous-produits et l’alimentation du bétail avec la pulpe de betterave et la mélasse.

Il faut noter que ce sucre brut était impropre à la consommation et devait être affiné dans les raffineries, ceci jusqu’environ 1855 où l’on a commencé à obtenir du sucre blanc en huit jours.

(Ces raffineries, destinées à obtenir des sucres blancs purs, serviront ensuite à la fabrication de sucres spéciaux morceaux, poudre, glace etc.), sans parler des sucres impurs venus des colonies. Et jusqu’en 1880, ces raffineries utiliseront encore du sang de bœuf avec le noir animal.) Le noir animal était fabriqué sur place, la chaux était en général achetée à des producteurs spécialisés.

Certaines fabriques ont commencé à faire leur propre chaux en fours à l’air libre à partir de 1830. Il fallut attendre les années 1850-60 avec la récupération du gaz carbonique dans la filière pour voir s’ériger les fours à chaux verticaux, tours en brique ayant survécu jusqu’après la deuxième guerre. Le coke, alimentant les fours avec la craie pour obtenir la chaux vive, s’est développé entre 1830 et 1860 avec le développement de l’industrie sidérurgique. Par ailleurs, les usines s’éclairant avec leur propre usine à gaz, produisaient une partie du coke.

A partir de 1830, la généralisation des machines à vapeur (générateurs) commença à se faire. Les fabriques, de verticales « en escalier », devinrent horizontales.

Râpes et presses sont installées au rez-de-chaussée, aéré et dallé, facile à laver, mais il faut des pompes pour monter le jus dans les chaudières à déféquer, clarifier, évaporer etc. qui se trouvent à l’étage, toutes chauffées par un seul générateur, voire plusieurs, assurant par ailleurs la force mécanique et entretenir tuyaux, conduits, réservoirs etc.

Les presses sont maintenant mues par des vis en fer ou à leviers

Vers 1849, apparaît dans les fabriques modernes, la macération, ancêtre de la diffusion, qui va entraîner la suppression des râpes et des presses.

Les betteraves, après avoir été chauffées, sont découpées en tranches, plus tard en rubans, et placées dans des tonneaux disposés en cercle ou en ligne, dans lesquels passe de l’eau lessivant les lamelles et qui s’enrichit en sucre en passant de l’un à l’autre. Le tout est chauffé à 90° par des tubes plongés dans ces tonneaux et alimentés en vapeur.

Cela imposait des manœuvres de robinetterie quand on passait d’un tonneau à l’autre. Le principe de la macération, comme plus tard de la diffusion, étant de rompre les cellules de la racine non atteintes par l’ancienne râpe.

Les opérations successives sont donc à cette époque :

Râpage et presses (désormais des presses hydrauliques) ou découpage et macération

Première clarification ou défécation, au lait de chaux à 2 ou 3 %, chauffé à moins de 100°. (L’adjonction d’acide sulfurique en fin de défécation pour saturer chaux et potassium est en cours d’abandon).

Première filtration dans un filtre à noir en grains et non plus en poudre.

Première évaporation ou cuite dans des chaudières à large surface plus ou moins sous vide

Deuxième clarification dans des chaudières plus profondes avec 1 % de sang de bœuf. (C’est le début de l’abandon de ce sang de bœuf). Ou bien 3 filtrages après évaporation rapide et ajout de noir (filtres Dumont).

Deuxième filtration dans le premier cas.

Deuxième évaporation ou cuite, plus courte depuis l’abandon des feux nus, soit dans des chaudières à bascule, soit dans l’appareil de Taylor avec vapeur à haute pression, soit dans les appareils Howard, Roth et Bayvet, Degrand, Martin et Champonnois, Breme et Chevallier.

La cristallisation - lente ou confuse en masse *- se fait dans des pièces à température douce appelées emplis (ancien nom ayant changé d’affectation !) et contenant rafraîchissoirs et cristallisoirs. /.../

*pour le détail de ces opérations, consulter notre site à la rubrique Techolologie industrielle- Essai de résumé .

9° : Egouttage : pour les sucres issus de la cristallisation lente

10° : Clairçage : surtout pour les sucres de troisième cristallisation trop colorés ou trop visqueux, traitement par aspersion d’eau puis passage à la presse à cylindre puis à la presse à vis.

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