Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières

LA    LETTRE    DE    LA    SUCRERIE

  N° 54  – NOVEMBRE 2011

Le chantier

L’ ASSF a réussi son pari de terminer le chantier dans les temps et dans les limites du budget qui lui ont été imposées .

La Région envisage l’inauguration en mars 2012 pour le bicentenaire de la création de l’industrie sucrière betteravière .

Pour préparer l’inauguration, notre site internet est à votre disposition :

http://sucrerie-francieres.pagesperso-orange.fr

Ou avec moteur de recherche (Google ou autres), taper :

 Sucrerie francieres

La région Picardie, à l’occasion des Journées du patrimoine, a d’ores et déjà mis en ligne une sélection d’images, de témoignages sonores et de videos illustrant la Sucrerie de Francières .

Pour se connecter , http://www.la-sucrerie.picardie.fr

Puis  cliquer sur  La sucrerie    (en haut à droite) .

LES PRECURSEURS : BENJAMIN DELESSERT 1773-1847

Il est devenu célèbre pour avoir porté la recherche sur le sucre de betterave à un stade industriel avec un prix de revient permettant de le commercialiser et avec un stade de purification le rendant à peu près consommable.

La scène du deux janvier 1812 avec Napoléon, est devenue une image d’Épinal connue de tous.

Le docteur Guy Héraud, membre associé de l’Académie de médecine qui a beaucoup travaillé sur le sucre avec le CEDUS, a rédigé avec son épouse Colette une importante biographie de Delessert qu’il nous a offerte et comportant des pièces uniques en particulier sur les travaux de botanique de ce chercheur universel. Nous en extrayons le résumé suivant avec nos propres archives.                                                                        P1

Personnage multiple, aux activités diverses, avec un esprit curieux, inventif mais pratique.

Son père Étienne après avoir fondé à Lyon une fabrique de tissus de gaze, vint à Paris vers 1777 fonder la banque Delessert puis la première compagnie d’assurances contre les incendies.

Benjamin, après une brillante carrière militaire comme capitaine d’artillerie, reprend en 1796 les affaires familiales tout en s’occupant beaucoup de sciences naturelles au Jardin des Plantes.

Il devint le plus riche collectionneur de plantes avec 250 000 échantillons portant sur 87 000 espèces. Ses collections étaient visitables, il publia beaucoup et ouvrit une bibliothèque de sciences naturelles et de conchyliologie car il s’intéressait aussi aux coquillages, réunissant 100.000 pièces et 25.000 espèces.

Il a donné son nom à deux plantes, une algue la « Delessaria » et une légumineuse la « Lessertia ». Professeur à Genève, il fut nommé membre à titre étranger de l’Académie des sciences de Paris.

Si la botanique est un passe-temps pour Benjamin Delessert, l’essentiel de sa vie est axé sur la philanthropie et l’industrie.

Aidé par ses frères, et reprenant la Caisse Nationale d’Escompte fondée  par ses frères, il crée avec de grands négociants en 1800 la Banque de France dont il sera nommé régent et dont le siège sera l’hôtel d’Uzès, la maison familiale.

C’est ainsi que Delessert aidera  plusieurs fois le gouvernement de Napoléon.

C’est l’époque où la France est coupée des produits coloniaux et du commerce avec les Amériques. Napoléon et Chaptal demandent à l’industrie de faire de gros efforts pour suppléer à cette carence. Benjamin Delessert se met à travailler dans l’industrie textile, filatures et tissages, y introduisant l’usage de la vapeur qu’il avait découverte en Angleterre jadis chez son ami Watt, et qu’il installe dans son usine à Passy (l’ancien couvent des Bonhommes).

C’est là qu’il crée la première usine de raffinerie en 1801 et il sait s’entourer. Outre les relations et les conseils réciproques avec Jean Antoine Chaptal et le chimiste Nicolas Deyeux, deux employés de Passy ont largement contribué à cette réussite.

Bonmartin qui, vers 1811, découvrit un procédé pour neutraliser l’excès de chaux (donc le goût du sirop) par l’acide sulfurique qui clarifie et épure avant la cuite des sirops. Ce procédé sera remplacé plus tard par la carbonatation.

En juin 1812, le ministère des Manufactures et du commerce, le comte de Sussy, après avoir été averti par Chaptal, a diffusé cette méthode à tous les préfets,à charge pour ceux-ci de le transmettre aux fabricants, aux élèves des écoles spéciales  crées par Napoléon, aux sociétés savantes etc.

Et Jean-Baptiste Queruel, lequel est entré à l’usine de Delessert avec son frère cadet Jacques –qui, lui restera contremaître- et gravit tous les échelons, contremaître, puis chef de fabrication.

Autodidacte, ses différents essais  commencèrent à donner des résultats à partir de 1807. Il a été le premier à pouvoir « grainer » c’est-à-dire à cristalliser le sucre de betteraves. C’est   P2 d’ailleurs lui qui reçut Chaptal puis Napoléon le deux janvier 1812 avant l’arrivée de Delessert et leur présente les deux premiers pains de sucre purifiés et bien cristallisés.

Plus tard, Delessert lui laissera la raffinerie de Passy qu’il dirigera avec ses trois fils puis créera  rue de Flandre à La Villette, une raffinerie, cofinancée par Delessert et proche de celle de Lebaudy dont il avait épousé la fille.

Mais seule cette dernière subsistera, les fils successeurs de Queruel ayant été de moins bons gestionnaires.

Donc, le deux janvier 1812 à l’usine de Passy, Napoléon I° remet sa propre Légion d’honneur à Benjamin Delessert et le fait  baron.

Delessert a contribué au lancement d’autres fabriques en y envoyant des chefs de fabrication pour poursuivre le programme incité par l’empereur.

En 1814, on en cite une dizaine dont Arras, Namur, Boulogne, Nantes, Montargis, Mont-saint-Martin. Malgré les événements de 1815 et le retour du sucre de canne, il en aurait ainsi créé 21 en 1822.

Pour aider tous ces jeunes manufacturiers qui connaissaient des difficultés, il créa avec Augustin de Candolle la « Société d’encouragement pour l’Industrie ».

Ceci par de nombreux prix et des avances de trésorerie contribuant au perfectionnement de la fabrication et du conditionnement.

Pour le sucre, cela concernait l’amélioration des mélasses, la richesse en sucre des betteraves, l’amélioration de la défécation etc.

Mais d’autres aussi comme les bougies, la colle, le caoutchouc, les rasoirs, les tissages etc.

 Ne s’occupant plus directement de la fabrique du sucre indigène, il eut une carrière politique.

Il commanda une légion de la garde nationale en 1814, fut élu député durant les Cent jours et réélu en 1817. Il participa à la réorganisation de la France ( armée, fiscalité, routes, canaux…).

Après Paris, il sera député de Saumur jusqu’en 1842.

 Il finira commandeur de la Légion d’honneur et sera aussi membre libre de l’Académie des sciences.

Avec le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, il créa  la Caisse d’Epargne en 1818.

Encourageant artistes et écrivains, musiciens, il collectionna une belle galerie de peintures et rédigea quelques ouvrages de pensée et de maximes comme

« Le guide du bonheur » et « Les bons exemples ».

Mais plus que  tout, c’est la bienfaisance qui sera son activité permanente.

Fondations de bienfaisances et sociétés philanthropiques.

Avec Pandolle, il s’occupa des soupes populaires dans les périodes de disette comme en 1810 en fabriquant sur le modèle original une «  machine de Rumfort » pour la distribution de la « soupe » du même nom.(une sorte de « roulante »comme à l’armée). De 20 000 rations distribuées au début, les deux amis en distribuèrent 1 500 000 en 1813.

 Il fut aussi nommé au Conseil général des hospices et des prisons durant plus de 40 ans, en y améliorant le fonctionnement, l’humanisation et les locaux.

                                                                                                                           P3

 Il travailla à la propagation de la « vaccination ». Il créa dans les hôpitaux  la distribution de cadeaux du Jour de l’an et milita pour l’abolition de la peine de mort ;

De toutes les actions et réalisations de sa vie, il voulut que ne soit mentionnée sur sa tombe que la création de la Caisse d’épargne.

                    ______________________________________

Anecdote : le décret du 25 mars 1811

Celle-ci nous a été communiquée par un correspondant dont nous avons égaré le nom. S’il se reconnaît, qu’il veuille bien nous contacter afin de le citer avec nos excuses.

Napoléon Ier occupe toute l’Europe continentale et dans sa lutte avec l’Angleterre, décrète le 25 novembre 1806 le « blocus continental » interdisant les ports aux navires britanniques.

Ceci provoque la pénurie de certaines matières premières dont le sucre de canne, bien que moins utilisé à cette époque.

Il faut créer des « ersatz » et le 25 mars 1811 il publie un décret impérial pour

« naturaliser sucre, indigo, coton et productions venant des deux Indes ».

          ( ce décret figure dans notre site à « en savoir plus-un peu d’histoire »).

Pour trouver du sucre, on a intensifié les recherches et la betterave a été préférée au raisin

 ( création définitive de l’industrie sucrière le 15 janvier 1812).

   Or, depuis 1791, des Français ont émigré à l’étranger, Angleterre, Coblence etc. et dans leur lutte contre la révolution puis Napoléon, entretiennent même des troupes royalistes.

A Londres, les émigrés français par M. Peltier, éditent trois fois par mois

« L’Ambigu » ou «  Variétés littéraires et politiques). En mars 1811, ce périodique en est à son 33e volume. Et il publie in extenso le décret du 25 mars 1811, précédé de ce chapeau :

« Enfin  la grande expérience anticoloniale va être faite. En voici l’ordre péremptoire. L’érable et le raisin n’ont pas satisfait l’attente ; on est revenu à la betterave.

Nous verrons incessamment les bons résultats de la nouvelle chimie.

On dit que tout le Champ de Mars de l’Ecole Militaire ne donnerait pas un quintal du sucre nouveau. Nous croyons donc que dans cette guerre des betteraves contre les cannes, ces dernières ne courent pas le risque d’être détrônées ».

_______________

         P4

Si vous ne l’avez pas  fait, renouvelez votre adhésion ; sollicitez des dons dans votre entourage

( 66% viennent en déduction d’impôts).

ASSF- association agréée « organisme d’intérêt général »-décision du 14 Novembre 2006

Siège Social : 43 rue du Bout du Monde 60190 Francières,

Adhésion annuelle : 12 Euros - 8 euros pour les habitants de Francières

                        e-mail : michel.varoqueaux @wanadoo.fr