Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières

LA    LETTRE    DE    LA    SUCRERIE

  N° 53  – AOUT 2011

Compte-rendu de l’Assemblée Générale du 14 MAI 2011

L’assemblée générale ordinaire s’est déroulée sous la présidence de Michel Varoqueaux   en présence de 25 adhérents et 90 procurations validées.

Avant le déroulement de l’ordre du jour, le président donne la parole à M. Bricout chargé par le conseil d’administration du suivi du chantier pour l’exposé de l’avancement des travaux .

Le premier point de cet ordre du jour concerne la trésorerie et les finances.

Il est soumis à l’assemblée une première résolution, la nomination de M. Hamart de la SA ACOGEX en tant que commissaire aux comptes ainsi que celle d’un suppléant, le cabinet VDB, résolution adoptée.

Le rapport financier  de l’exercice 2010 est présenté en deux parties par Mme Baleix, vice présidente :

Les comptes de l’Association proprement dite et les comptes de l’exercice concernant les travaux.

Ces comptes présentant un solde positif sont approuvés à l’unanimité dans une deuxième résolution.

Le point suivant est le rapport moral présenté par le président.

Celui-ci commence par l’état des adhésions, passées fin 2010 de 358 à 382 inscrits mais avec seulement 151 renouvellements. Les négligents sont rappelés à l’ordre !

Il énumère ensuite les activités de l’année passée. Outre le Printemps de l’Industrie et la Journée du Patrimoine a eu lieu une visite approfondie du familistère de Guise avec les représentants de la Région.

Puis les publications dont nous avons été l’objet et l’édition des « Fermes-sucreries au XIXe siècle dans l’Oise » ainsi que le gros article paru dans la Revue du CILAC sur le Patrimoine Industriel.

Le président énumère ensuite les nombreuses réunions à Amiens dans le cadre du travail avec la Région.

Le rapport moral se poursuit par la liste des subventions obtenues en 2010, Europe, Région, Département, municipalité, TEREOS et Crédit Agricole.

Après avoir signalé que c’est la compagnie AXA qui nous assure au point de vue chantier,Groupama conservant l’immobilier,  le président évoque les perspectives pour 2011, à savoir boucler le chantier au point de vue travaux et financement au 30 septembre, ( la muséographie agro-ressources disposant d’un délai  jusqu’au 31 décembre).

Pour finir, le président rappelle que le « prospectus » remis aux visiteurs a été réécrit  et surtout que le nouveau site Internet est opérationnel et tenu à jour par M. Bourdier qui va commencer à introduire notre documentation de cartes postales dans la rubrique des sucreries métropolitaines. Il rappelle que pour consulter ce site, il faut taper sur Google «  Association sauvegarde de la sucrerie de Francières » et l’on tombe directement dessus.

Après approbation de ce rapport, l’assemblée décide de maintenir les cotisations de 2011 aux tarifs actuels puis elle procède à l’élection des administrateurs.

Aucune nouvelle candidature n’étant parvenue, le CA précédent est réélu en totalité :

Mesdames Baleix, Bricout et Philipon et Messieurs Besson, Coulombel, Hiquebrant, Moglia et Varoqueaux.

A la fin de cette assemblée, les personnes présentes se sont retrouvées à la sucrerie pour visiter le chantier et prendre un rafraîchissement. Les administrateurs se sont retirés pour élire les membres du bureau et ont renouvelé les postes actuels : Président M Varoqueaux, vice présidente Mme Baleix, secrétaire Mme Bricout, trésorier Mr Besson, secrétaire adjoint Mr Hiquebrant.

Etat d’avancement des travaux au 15 juillet 2011 :

Charpentes et toitures sont terminées ( verrières sur la halle de diffusion et toiture sur la halle Thirial). Reste à finir la jonction entre la verrière et la toiture du bâtiment Est abritant sanitaires et bureaux. Les chenaux sont en fin d’exécution.

L’étanchéité de toute l’aile sud est réalisée.

Le terrassement et le dallage des deux halles et du groupe sanitaires-bureaux après passage de toutes les connexions et câblages électriques, eau, eaux pluviales, téléphone, se termine.

La chaufferie est installée ( extrémité ouest de  l’aile sud).

Le ravalement des façades est réalisé aux deux tiers.

La répartition des surfaces IAR et PNR a enfin été validée avec répartition des factures de travaux selon les subventions en fonction de ces surfaces : cela a représenté un très gros travail dont Madame Baleix a assumé vaillamment la charge.

Nous pensons pouvoir fournir fin juillet à la DRAAF une demande de versement d’une tranche de la subvention européenne.

Parcours de visite PNR –Programme National de Restructuration Sucrière  

Les textes de la muséographie PNR ( sucre) sont entérinés et son iconographie pratiquement terminée. Les supports sont en cours d’évaluation. La Région a pris en charge la partie « mobile » de cette muséographie. Elle procède par ailleurs avec notre concours, à la réalisation d’un « niveau 2 » sur MP3.

La journée du patrimoine aura lieu le dimanche 18 septembre de 14 heures à 18 heures.

Nous envisageons à la rentrée de faire appel à des bénévoles pour de multiples tâches complémentaires à définir comme la protection du matériel extérieur, l’aménagement des conciergeries etc.

VESTIGES INDUSTRIELS   :      Introduction

Hormis la période d’exploitation débutée en 1811 qui se solda par un échec complet, l'industrie betteravière (qu'il s'agisse de sucreries ou de distilleries) a marqué la vie du département jusqu'à nos jours. Lancée un peu partout en France, elle se développa surtout dans la moitié nord pour des raisons de nature du sol, de climat et pour sa main-d'oeuvre agricole.

À la disparition des premières petites unités en 1814 et sa reprise d'exploitation dans les années 1820, une multitude de petites fabriques se créa, souvent à partir d'une exploitation agricole pour en compléter les revenus et utiliser la main-d'oeuvre durant la mauvaise saison. C'était le temps de l'utilisation de la « force animale » et fours à « feux nus » pour extraire le jus de la betterave qui devait ensuite être raffiné à l'extérieur.

Puis vinrent les améliorations de la technologie, l'utilisation des machines à vapeur, plus tard vers 1860 l'apparition de la diffusion (les deux principales étapes dans le perfectionnement permanent des méthodes). D’artisanale, la production de sucre de betteraves devint industrielle. Cela fit disparaître les petites exploitations, la création de véritables usines, nécessitant d’importants capitaux. Cette évolution de regroupements et de modernisations se poursuit encore de nos jours.                                                                                                P2

            Dans notre liste provisoire de sucreries métropolitaines, qui comprend environ 1100 fiches, beaucoup de fabriques primitives doivent nous manquer encore.

Pour notre département de l'Oise, nous en avons relevé 61 (hors râperies et distilleries), bien sûr non concomitantes. Par exemple, il en existait 17 en 1856, 40 en 1878, 30  en 1900, 22 en 1913. Il n'en restait que  six  intactes en 1919, redevenues 19  en 1927 après les reconstructions. Sur les 17 de 1956 il n'en reste à ce jour qu'une seule à Chevrières.

Cette période de prospérité sucrière sur environ 150 ans, a profondément changé l'environnement et la vie des hommes de notre région. On l'oublie souvent mais l'intensification de la production de betterave a entraîné un changement de notre paysage. Déforestation progressive avec augmentation des surfaces emblavées, changement dans l'agriculture avec l’assolement triennal, alimentation du bétail avec la pulpe de betterave…

Mais surtout, modification de la vie sociale dans nos campagnes et nos villages.

Rappelons les grandes misères de 1848 avec les ateliers nationaux et la soupe populaire. Les manouvriers, main-d'oeuvre agricole, trouveront du travail à la morte saison.

Les fabriques, qui employaient un personnel permanent toute l'année pour l'entretien dans l’inter campagne, recruteront du personnel saisonnier dans la période de campagne sucrière du quatrième trimestre. Les champs, qu'ils soient la propriété de la sucrerie ou d'agriculteurs sous contrat, eurent besoin d'une importante main-d'oeuvre pour la culture et l'arrachement des betteraves.

Cela a entraîné également la migration d'ouvriers saisonniers venus de Belgique, de Bretagne, d'Italie etc. Travail très dur des hommes mais aussi des femmes et des enfants (général en ce temps), mais travail quand même, pas plus pénible que celui dans les mines du Nord ou dans les aciéries.

Petit à petit, une partie du monde agricole devint ouvriers d'usine. Plus tard, l'apparition de la mécanisation agricole fit disparaître ce travail harassant mais supprimera des emplois. Nos anciens nous en transmettent le souvenir.

Une organisation sociale s'est progressivement installée elle aussi. Ce fut le temps du paternalisme ou du patronat chrétien avant l’apparition du syndicalisme. Le directeur de la fabrique, personnage local éminent, fut souvent le maire du village

Que reste-t-il en témoignage et en mémoire de cette période ?

Peu de vestiges. Guerres, concentration et modernisation, démantèlement après fermeture, ont fait disparaître les traces de la plupart des sucreries.

Et pourtant l'effort architectural de ces usines en briques du 19e siècle constituait un patrimoine industriel contrastant avec la « fonctionnalité » des usines modernes. Le prestige de la construction faisait partie de la fierté et de l'importance commerciale des propriétaires. À Francières, la maison patronale et les bureaux furent plus tard un bel exemple de « modern- style ».

Dans l'Oise, ne subsistent plus que deux sucreries à peu près intactes, Laneuville-Roy et Francières toutes deux dans le Compiègnois, Francières étant la seule en Europe (et pour cela inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques), conservant depuis sa construction en 1829 la trace des agrandissements et des grandes modernisations des périodes 1850-1860, 1880, 1930.

Dans quelques autres, après  réemploi, quelques bâtiments, hangars ou bureaux.

Mais pour la plupart ne subsistent que les maisons. Maisons patronales, belles maisons cossues en briques du 19e siècle et dont l'usage en habitation s'est poursuivie. Et des maisons ouvrières, en général en hameau, parfois vétustes mais toujours habitées.

JEAN-ANTOINE  CHAPTAL                                                 1756-1832

Originaire de la Lozère, il fit des études de médecine à Montpellier puis de chimie à Paris, travaillant sur les procédés chimiques applicables à l’industrie. Parmi ceux-ci, l’acide chlorhydrique, la vinification (la « chaptalisation » entre autres), les poudres et les nitrates, les textiles… Il bâtit des ateliers et des fabriques de produits chimiques.

Il fut titulaire d’une chaire à Montpellier puis à l’Ecole Polytechnique et membre de l’Académie des Sciences. Déjà anobli par Louis XVI en 1786, il fut nommé ministre de l’intérieur en 1801 par Bonaparte. Il réorganisa l’instruction publique, les musées, mais surtout sur ordre de Napoléon, réorganisa l’industrie et l’artisanat français.

En 1802, il acheta le domaine de Chanteloup près d’Amboise et y travailla sur l’amélioration de l’extraction du sucre de betterave après les travaux de l’allemand Achard : « Instruction sur la préparation du sucre brut, du sirop et de l’eau de vie de betteraves », connu en France vers 1800. L’Institut de France trouvait ce sucre « amer, fétide et impropre à la consommation », ce qui était vrai et conduisit parallèlement à des expérimentations sur le sucre de raisin. Avant Deyeux, Chaptal remit un rapport de recherches en 1811 à l’Empereur. Averti des résultats des essais de Delessert, il emmena l’Empereur le deux janvier 1812 à la fabrique de Passy.

(On ne sait ce qu’est devenu l’un des deux pains de sucre qu’a remis Delessert ce jour là. Le premier a été remis à Napoléon qui l’a offert ensuite à Marie-Louise, puis qui est resté jusqu’à ces dernières années propriété de la famille du baron Höttinger, descendant du banquier et ami de Delessert et vendu aux enchères en 2007, on ne sait à qui. Par contre on ne sait ce qu’est devenu celui remis à Chaptal.)

Il avait démissionné de son ministère en 1804 lorsque Bonaparte s’est fait proclamer empereur. Nommé sénateur en 1805 - ce qu’il était donc en 1812 - il fut fait Pair de France et ministre d’État durant les Cent jours puis renommé en 1819 par Louis XVIII. Il avait entre temps reçu le titre de comte de Chanteloup.

Dans son atelier-laboratoire de Chanteloup, il installa  une fabrique de sucre. Mais en 1823, son fils ayant fait faillite, cette fabrique ferma, le domaine ainsi que tous ses autres biens furent mis en vente pour régler les dettes du fils.

Et Chaptal mourut à Paris dans la misère. (Ce qui nous rappelle à la sucrerie de Francières, la fin de Crespel-Dellisse et celle de Bachoux en 1888.) 

 

          

Si vous ne l’avez fait, renouvelez votre adhésion ; sollicitez des dons ( 66% viennent en déduction d’impôts).

ASSF- association agrée « organisme d’intérêt général »-décision du 14 Novembre 2006

Siège Social : 43 rue du Bout du Monde 60190 Francières, Adhésion annuelle : 12 Euros - 8 euros pour les habitants de Francières – http : //perso.wanadoo.fr/sucrerie-francieres  (e-mail : michel.varoqueaux @wanadoo.fr).                                            P4